En kiosque actuellement Commander

A New Morning de Suede

chronique d'album
Victimes à leurs débuts d'une des erreurs de jugement critique les plus flagrantes de l'histoire de la pop, Brett Anderson et sa bande étaient parvenus, au fil d'un parcours majeur et immaculé, à faire taire la plupart de ceux qui ne voyaient en eux qu'un gros bubblegum de saison, destiné à être recraché aussi rapidement que Shed 7 et autres Marion. En bon petit phénix pop, Suede avait su, jusqu'à présent, profiter des changements récurrents de personnel et de sa perméabilité aux modes pour se renouveler à chaque album. À la première écoute, A New Morning semble marquer un coup d'arrêt dans cette progression constante. Pour la première fois depuis bien longtemps, Suede ne surprend plus. On ne trouve, sur ce nouvel Lp, que le lot habituel de tubes glam imparables et de slows déchirants qui servent d'écrin aux prestations vocales cabotines d'Anderson. Ce qui sauve ici le groupe de la routine et de la médiocrité, c'est l'absence totale de cynisme et de calcul, le choix définitif d'un premier degré assumé. Spectateur complaisant des émois adolescents, contemplateur esthète de la superficialité du monde, Suede persiste à décliner ses thèmes de prédilection avec la naïveté des premiers jours. Quand Brett veut écrire une chanson sur ses obsessions, il l'intitule... Obsessions ! Quand il compose une ode aux jeunes filles qui se sentent seules, il l'appelle... Lonely Girls, évidemment. C'est justement ce sens de l'implication primaire et intégrale qui permet à Suede de rester du bon côté de la frontière de plus en plus mince qui sépare le sublime du ridicule. Peut-être pour la dernière fois.
Matthieu Grunfeld
MAGIC RPM  #64
article extrait de :
MAGIC RPM #64 Commander ce numéro


Réagissez

Votre réaction :

Votre pseudo :

Prévisualiser