Il en aura fallu du courage à Stuart A. Staples pour rompre avec son groupe, ses habitudes et tenter l'aventure solo. Plus encore que son premier opus, Lucky Dog Recordings 03-04, remarquable collection de fragments accumulés au cours des dernières années de vie des Tindersticks, Leaving Songs apparaît comme une tentative toute neuve d'introspection, pleine de lucidité et de cohérence, une sorte de road record ou l'errance, les adieux et le déchirement sont évoqués sans détour, comme autant de métaphores de la rupture amoureuse et artistique. Staples n'est certes pas le premier à en faire l'expérience : les voyages au long cours finissent souvent par aboutir à leur point de départ. Bien qu'enregistré en partie à Nashville, Leaving Songs ne porte heureusement guère de stigmates d'une quelconque tentation folklorique ou des facilités de la couleur locale : quelques bribes de pedal-steel surlignant les accords mélancoliques de One More Time et une petite excursion sur les terres des cowboys intitulée This Old Town. Et si l'on croise ici quelques nouveaux visages (Maria McKee, le temps d'un duo splendide This Road Is Long ou Mark Nevers de Lambchop), ce sont toujours les vieux amis (le trompettiste Terry Edwards, le batteur Thomas Belhom, la chanteuse Lhasa De Sela) vers lesquels on finit par se tourner pour renouer avec les délicats crescendos de cuivres et de cordes qui émaillaient déjà les plus belles oeuvres des Tindersticks. Pour le meilleur, Stuart semble donc se résigner avec une certaine sérénité à suivre sa propre route, n'hésitant plus à présenter, à l'occasion, sa voix (ou sa voie ?) si singulière dans un dépouillement inhabituel et saisissant (Dance With An Old Man). Leaving Songs apparaît donc, au final, comme un magnifique album boomerang où le départ précède toujours le retour vers soi.