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A toute première vue, les années se suivent et se ressemblent pour Strangelove. Troisième album en trois ans pour le groupe du ténébreux Patrick Duff. Troisième réussite surtout... Il devient alors un tantinet frustrant de constater que cette régularité se heurte, dans notre beau pays, au mieux à une indifférence polie, au pire à un dédain méprisant. A cela, on avancerait bien une raison saugrenue, qui en dirait pourtant long sur le degré de curiosité de nos compatriotes : un look "post-new-wavegothique-fin-du-monde" condamnerait irrémédiablement Patrick et les siens aux oubliettes... Fâcheux pour l'un des groupes qui explore dans ses moindres recoins le monde passionnant d'une musique décadente, un brin torturée et "excessive". Capable d'attaquer Suede sur son propre terrain le très "jeangenien" Freak, l'épique ballade Wellington Road , la formation bristolienne, accompagnée aujourd'hui d'un sixième membre claviériste, en profite surtout pour signer, une nouvelle fois, quelques beaux exercices de pop céleste, de ceux que les vilains Gene espèrent toujours écrire : un The Greatest Show On Earth aux envolées vocales resplendissantes et, surtout, ce The Runaway Brothers à la mélodie délicieusement entêtante. Plus loin, les guitares se distordent, la voix s'affole et le ciel s'obscurcit. Mais ce sera sur une magnifique complainte acoustique, Jennifer's Song, que Strangelove laissera tomber le rideau. En espérant qu'au prochain acte, le public viendra enfin en nombre.
Christophe Basterra
MAGIC RPM  #16
article extrait de :
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