Il y a quelque chose de rassurant à découvrir de temps à autre ce genre d'album mineur, donc sympathique. Spoon propose en effet une denrée devenue rare : une musique nerveuse, mais pas vulgaire, dépourvue de toute prétention, mais jamais à court d'énergie ni d'idées. Contrairement à la plupart de ses jeunes compatriotes, le trio texan, qui en est déjà à son quatrième album, semble persuadé qu'on peut encore jouer du rock sans endosser un perfecto de grande marque ni se laisser pousser une tignasse grasse, sans rouler des mécaniques ni photocopier les tubes de MC5 ou des Stooges à longueur de sillons. En remplaçant les guitares par des claviers, en privilégiant le contenu par rapport aux apparences, Spoon s'impose au fil de titres comme une sorte d'antidote aux Strokes et autres BRMC. De ces chansons, qu'on croirait nées d'une rencontre au sommet entre The White Stripes et Ben Folds, se dégagent un parfum d'improvisation nonchalante et une joie de jouer presque palpable. Et même si le registre choisi par Britt Daniel et ses acolytes reste trop limité pour ne pas s'essouffler, on continue d'apprécier à leur juste valeur ces quelques chansons chocoletti comme autant d'instants de finesse, trop rares dans une scène rock américaine souvent accaparée par les brutes.