Disque après disque, Jason Pierce rejoue à peu de décibels près la même partition assourdissante, tant et si bien qu'on commence par guetter, sur Amazing Grace, les signes de faiblesse et de répétitions qui en ferait l'album de trop. Et pourtant, en cultivant le même pré carré, dont les balises sont aussi solides que peu nombreuses, Pierce parvient une fois de plus à imposer son psychédélisme supersonique à l'énergie, voire au forceps. Côté musique, aucune surprise, donc : onze morceaux conçus comme autant de copulations triolistes entre le Fun House de The Stooges, le Sweet Sister Ray du Velvet et le mur du son spectorien et qui s'achèvent, comme d'habitude, en partouze au coeur d'un réacteur de 747 en pleine poussée, voire en gang bang fracassant en compagnie d'une chorale de gospel au grand complet. Très proche en cela des dernières oeuvres de Primal Scream, Amazing Grace ne provoque pas de plaisir inédit. Cependant, il serait vain de prétendre que cette série de coups de massue décochés à grand renfort d'effets percutants peut laisser totalement indemne ou indifférent. Piètre compositeur mais metteur en son hors pair, Pierce n'est pas l'artiste mystique le plus crédible du monde. En revanche, il sait convaincre par l'exemple de la grâce fascinante d'un quinze tonnes chargé à bloc .