À tous ceux qui
pensaient que Sonic Youth s’était rangé des guitares expérimentales au tournant
des années 2000, le quatuor new-yorkais le plus incorruptible de sa génération
creusait dès lors un sillon parallèle à ses disques officiels pour ne pas
perdre de vue l’essence même de sa musique : le bruit. Si les trois
premiers volumes avançaient timidement dans des structures circulaires aux
guitares plutôt claires, c’est surtout avec leur Goodbye 20th Century (SYR 4, 1999), hommage aux compositeurs de
musique concrète du siècle finissant, que le groupe, alors épaulé par Jim
O’Rourke, dévoilait sa face la plus intransigeante et avant-gardiste, au point
d’être boudé par les fans de la première heure.
La vraie réussite de cette
série pour initiés reste jusqu’à présent Kim
Gordon-Dj Olive-Ikue Mori (SYR5 ,2000) qui offrait une perspective musicale
entièrement nouvelle. Sous la direction exclusive de Kim Gordon, du platiniste
Dj Olive et de la batteuse Ikue Mori, figure emblématique de la no wave au sein
du groupe éphémère et pyromane DNA, ce disque arpentait sous hypnose des
territoires incertains entre ambient électronique, rugissements organiques et
susurrements pop. Comme les trois derniers opus en date, Sonic Youth Med Mats
Gustafsson Og Merzbow est moins une création originale que la trace d’une
expérience live.
Enregistré au Roskilde Festival en juillet 2005, cette longue
improvisation d’une heure comprend le saxophoniste suédois Mats Gustafsson avec
lequel le groupe avait déjà enregistré une performance sous le pseudo Hidros 3,
ainsi que Merzbow, figure historique de la noise japonaise connu et redouté
pour ses triturations informatiques assourdissantes. Tout concert à écouter
dans son salon est à la fois frustrant et inutile : comme pour leurs
voisins hollandais de The Ex, toujours ouverts à des collaborations intenses
avec des musiciens de tout bord, ces expérimentations ne peuvent se vivre
pleinement qu’en direct.
Car il serait vain de vouloir graver sur quelque
support que ce soit ces moments uniques où l’aléatoire et l’instinctif donnent
naissance à un langage torturé et évanescent, tout autant brouillé
qu’incandescent.