• BIOGRAPHIE
  • DISCOGRAPHIE
  • INFOS
  • VIDEOS
  • PHOTOS
  • A LIRE

A Lire

Interview 2008 / Egg Soldiers

exclu web janvier 2008
Soyez le premier à réagir



Rien n'est plus galvaudé dans le monde musical que le terme “indie”. Alors que la provocation la plus stérile est interprétée comme une tentative de s'affranchir, Softboiled Eggies semble être l'incarnation même cette fameuse indépendance. Son Amérique filée à l'anglaise et sa méfiance vis à vis des oripeaux des succès en font l'un des groupes les plus recommandables du moment. Tout en évoquant l'effervescente scène de Los Angeles et leurs amis Ariel Pink, John Maus, Bubonic Plague, Janet Kim et son petit ami Benjamin White reviennent sur leur tout récent premier album Egg Soldiers (Tiny Creatures / K Records).

Puisque votre groupe est encore très confidentiel, pourriez-vous le présenter ?

Janet : J'ai grandi à Los Angeles et je suis partie étudier pendant cinq ans à Boston. À mon retour, je ne connaissais plus personne. La première personne que j'ai alors rencontrée était John Maus. Il était comme une âme soeur pour moi. Il habitait à l'époque avec Ariel Pink que je voyais aussi comme un esprit semblable au mien. Je veux dire que nous étions tous des musiciens partageant un certain goût pour les expérimentions rock’n'roll ; nos aspirations artistiques et philosophiques convergeaient, le tout avec une conception punk. Je ne sais pas s’ils en étaient conscients car je ne faisais pas de rock mais des berceuses d'une minute dans la veine de Bartok Mikrokosmos ou de la musique électronique de Raymond Scott destinée aux enfants. J'écrivais aussi des “comic books” que je partageais avec John et Ariel. Nous étions tous les trois très attirés, sur un plan physique aussi. Mais c'est un peu trop sexuel pour pouvoir être divulgué ici ! Après avoir essayé différents projets et collaboré avec Maus, j'ai finalement rencontré Benjamin White alors que j'achetais un album des Libertines chez le disquaire où il travaillait. Il a pris mon email et donné rendez-vous. Nous sommes tombés amoureux dès ce jour et nous le sommes encore. À cette époque, il montait le Part Time Punk qui est aujourd'hui encore l'un des meilleurs clubs de LA. Tout le monde ici, était un “music freak” comme Ariel Pink et sa petite amie Geneva (ndlr. membre de Bubonic Plague). Ben m’a fait découvrir des tonnes de musiques qui m’ont semblé inouïes ! Nous pouvions rester assis des heures à imaginer des reprises de Scritti Politti par d'autres groupes. J'ai aussi commencé à écrire avec des vraies percussions et des instruments plus rock, à triturer mon Korg électronique. Je me suis mise au chant aussi. Tout était parfait, comme si j'avais toujours attendu d'écrire ce genre de musique, mais qu'il me manquait les bons ingrédients ! Ben m'aidait occasionnellement en jouant de la basse et de la guitare car j'en suis incapable. Aujourd'hui, il m'aide aussi pour les arrangements. C'est un grand musicien. Après une année passée à faire des démos, Ariel et les autres m’ont poussé à donner mes premiers concerts. J'ai joué au Part Time Club, John était au clavier, Jimi Hey à la guitare, Tim Koh à la batterie et Ben qui venait de quitter Gogogo Airheart tenait la basse. Ce dernier voulait aussi monter un label, qui est devenu Tiny Creature avec la sortie du Ep My Molly d'Ariel Pink.

D'où vient ce nom étrange Softboiled Eggies (littéralement “oeufs doucement bouillis”)?

Janet : Ben adore la culture anglaise. Sa mère est Britannique et avait l'habitude de lui cuisiner des oeufs à la coque. En Koréen, œuf signifie bébé, et puisque nous sommes considérés par nos amis comme des cœurs d'artichaut, nous pensons que ce terme est très approprié. C'est aussi à propos du fait que nous préparons souvent ce plat pendant la nuit et parlons jusqu'à ce que le soleil se lève. Nous ne sommes pas des brutes et ce nom en est le juste reflet.

Même si John Maus, Bubonic Plague, Ariel Pink et Softboiled Eggies semblent partager un esprit commun, votre musique n'en est pas moins singulière. Comment décririez-vous votre son ?

Janet : Je ne nous compare pas vraiment à tous ces artiste car nous sommes très différents. Ils enregistrent exclusivement chez eux en solo alors que nous formons un groupe et que nous essayons d'enregistrer avec le plus de moyens disponibles. Je pense que cela nous place dans une approche différente, une sensibilité différente.

Le titre qui ouvre votre album Egg Soldiers semble particulièrement important : cela doit être la troisième version de So High quel'on peut entendre. Est-ce la première pierre sur laquelle vous avez édifié le reste de votre album ?

Janet : J'aime cette chanson. C'est la première que j'ai composée en sachant que ce que je faisais était convenable. C'est aussi le premier titre auquel a participé Ben : il lui a ajouté une merveilleuse ligne de basse, avec… sa guitare ! J'aime les paroles aussi, mais je pense pas que ce soit la pierre angulaire de l’album. La première version était une démo et ensuite, nous l'avons réenregistrée avec un piano, une voix, une guitare, une batterie et une basse. Quant à la dernière version, elle a été enregistrée avec le groupe.

Cet album est riche d'emprunts musicaux pour la plupart provenant des années 80. Si on reconnaît les influences américaines de Sort Sol et ou du Velvet Underground, de nombreuses références à The Cure au post-punk britannique sont aussi présentes. Quelles sont vos influences réelles et quelle est votre idée du disque pop parfait ?

Benjamin White : Des influences, il y en a beaucoup. Aussi loin que remontent les eighties... Je vois à quoi tu fais référence et bien que je sois un grand fan de The Cure, Dark Day et Sort Sol, ce n'était pas des références conscientes. Il y a de nombreux groupes provenant d'autres périodes que j'aime beaucoup, mais oui, tout cela a beaucoup à voir avec la période post-punk. Si je devais dire quelles sont réellement nos influences sur cet album, je citerais Family Fodder, The Stranglers, Felt, Scritti Politti, Associates, Lou Reed, Can, DAF, The Homosexuals, Amos And Sara, Lilliput, Raincoats... Je suis moi-même un grand fan des compilations Messthetics, les trucs DIY anglais, et je suis certain que cela se ressent. Mais une fois encore, cela se confronte avec des productions plus imposantes...

Janet : Perfection est un mot insensé. Des erreurs sont parfois bonnes à ajouter à une chanson, un album ou une vie. Juste pour ajouter à la liste des influences, j'aime The Velvet Underground et, comme j'ai une formation classique, je dois aussi rendre hommage à John Cage et Erik Satie. Des poètes aussi, comme Rimbaud, Baudelaire, la littérature crue de Bukowski, l'histoire du roi Salomon et de sa légendaire sagesse. En vrac : la vie, les gens, la musique que font ou écoutent mes amis, les films, les “drogues particulièrement intéressantes”(cf. Morrissey Interesting Drugs). Je crois que pour Ben, c'est le skate-board, les films de Fassbinder, plus spécialement son acteur Kurt Raab. J'ai aussi des animaux en peluche qui m'influencent beaucoup. C'est peu étrange, mais tout le monde me connaît accompagné de mes jouets animaux... J'oubliais les gens de l'Est de LA et les Coréens !

À quel point aimeriez-vous être célèbres ?

Janet : Je ne pense pas que l'on peut contrôler son succès et sa popularité. Ce n'est ni un objectif, ni une chose à laquelle je pense. J'imagine que l'on doit travailler à sa célébrité, comme une constante autopromotion, ou créer une sorte de rôle pour soi-même. Cela doit être désiré, et je ne le souhaite pas particulièrement : je ne prends pas mes décisions en fonction de cela. Je me préoccupe uniquement de la qualité de mes chansons. Je ne veux pas non plus que la signification de ma musique soit changée par la notoriété, ni qu'elle ne m'aliène. C'est intéressant d'observer ce milieu et constater comment certains groupes qui deviennent un peu célèbres changent leur comportement, le sens de leur musique, leur regard sur les choses. Je ne veux pas de cela. Mais encore une fois, c’est bien que des gens qui font de la bonne musique atteignent un certain niveau de notoriété. Mais si tu écris d’excellentes chansons, tu n'arriveras jamais à la célébrité, comme Can ou The Velvet Underground. Avec Ben, nous écoutons Prag Vec en ce moment, la musique est intéressante mais ils sont inconnus. Ou bien The Lines... C’est tellement bien !!!

Benjamin : De par la nature notre musique nous ne serons jamais connus. Il semble que c'est dans l'ordre des choses. J'aime le fait que beaucoup se reconnaissent dans ce que nous mettons dans notre musique sans aucun soutien majeur, ni même l'aide de la presse. Cela prouve que nous faisons les choses correctement et j'en suis heureux. Je pense que le respect qu'ils nous témoignent est plus important et plus durable que la célébrité.

Janet : Oui, je suis d'accord. Si je pouvais subvenir à mes besoins en faisant de la musique, des concerts et en voyageant, j'en serais ravie. Quoi qu'il en soit, je ne souhaite pas devenir si célèbre. J'imagine que ça fait l'effet d'une drogue, on ne peut pas mesurer à quel point elle te change. Je ne veux pas non plus faire une musique élitiste, je veux que ma mère puisse l'aimer, je tiens à communiquer avec les gens et les toucher profondément, comme peut le faire un bon film de Fassbinder.

Avez-vous de nouveaux projets pour 2008 ?

Janet : Nous sortons un nouvel Ep chez Upset The Rhythm en mars prochain. Nous allons également tourner en Angleterre et dans le reste de l'Europe. Nous nous arrêterons bien sûr en France. Nous allons aussi enregistrer un nouvel album et le sortir en fin d'année, un vrai Lp vinyle chez Upset The Rhythm. Nous espérons aussi visiter le Japon et la Corée. Nous voulons vraiment donner un concert en Corée car ils n'ont aucune idée de ce qu'est l'underground musical. Le concept de DIY leur est complètement étranger. D'une certaine façon c'est mon moyen de venir à terme de mon éducation et de communiquer avec cette culture qui m'a donné naissance. C'est un espoir étrange : je serai acceptée seulement s’ils peuvent me comprendre.

Xavier Mazure



Commentaires


Vous devez être inscrit pour laisser un commentaire :



Mot de passe oublié ? - S'inscrire