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Tanglewood Numbers
archive mag novembre 2005
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Secret le mieux gardé d'Amérique, les Silver Jews sont une bénédiction pour tous les amateurs de folk littéraire, cette invention superbe du grand Woody Guthrie popularisée par son fils spirituel Bob Dylan à l'aube des années 1960. Rappelons que David C Berman, tête pensante et unique membre permanent du groupe, incarne le songwriter orfèvre idéalement courtisé par les grandes maisons d'édition musicale de Nashville : le croisement des plumes de Lou Reed et de Johnny Cash. Et si notre homme avoue volontiers ne s'atteler à l'écriture de chansons que lorsque son compte en banque avoisine le rouge, il aura cette fois fallu patienter quatre longues années pour enfin découvrir le successeur du très beau Bright Flight. Enregistré dans un studio de Memphis jadis visité par Sonic Youth, Guided By Voices, The White Stripes et autres Wilco rongé par les flammes peu après leur départ, Tanglewood Numbers fut l'occasion de belles retrouvailles pour Bob Nastanovich, Steve West et Stephen Malkmus de feu Pavement, ainsi que Will Oldham et Berman, dont l'hypothétique collaboration Silver Palace demeure le fantasme indie rock absolu. Nettement plus dense que The Natural Bridge, ce chef-d'oeuvre enregistré live et en petit comité en 1996, Tanglewood Numbers emprunte les mêmes routes déglinguées que American Water (1998). Entre pianos bastringues et violons country, c'est surtout une authentique déferlante de guitares électriques qui s'abat sur l'auditeur, alors que la batterie semble avoir été enregistrée en 1972 par Charlie Watts, soit vingt ans avant la création même du groupe. Le classicisme a parfois du bon, en matière d'écriture (Punks In The Beerlights, The Poor The Fair And The Good, The Farmer's Hotel) comme de prise de sons (Brian's Song, Freezing In The Shadow Of Your Knee). Et si la voix, grave, chaude et légèrement fausse de Berman, n'a rien perdu de son pouvoir de séduction, on regrettera une fois de plus que ce dernier refuse catégoriquement toute apparition publique, lecture de son recueil de poèmes Actual Air exceptée. Car si les mots toujours aussi précisément sélectionnés et ordonnés que chez Richard Brautigan ou John Fante demeurent la grande affaire de l'auteur de Black And Brown Blues, on ne les appréciera jamais autant qu'accompagnés des notes de Mike Fellows et Tony Crow... Déjà très inspirés sur Bright Flight, les deux musiciens posent ici des fondations si solides et immédiatement identifiables que même la guitare de Stephen Malkmus ne parvient plus, comme c'était trop souvent le cas sur Starlite Walker et American Water, à faire sonner l'ensemble comme un Pavement qui aurait changé de chanteur. Désormais plus dense et vibrant, le son des Silver Jews s'est départi de cette guitare acoustique rythmique qui l'a longtemps caractérisée sans pour autant perdre de sa superbe. Au fil des écoutes, ces dix chansons révèlent ainsi leurs atouts comme une strip-teaseuse ses charmes au fin fond d'un bouge peu recommandable. Probablement celui dont la caisse enregistreuse orne la pochette de ce déjà classique Tanglewood Numbers.
RENAUD PAULIK
article extrait de :
MAGIC RPM #95
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