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Lookout Mountain, Lookout Sea

archive mag juin 2008
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Afin de défendre son impeccable Tanglewood Numbers (2005), Silver Jews a pris la route pour la première fois depuis sa formation en 1992. Et David Berman d’écrire son paisible successeur, le bien nommé Lookout Mountain, Lookout Sea, entre deux concerts – phénoménaux, les concerts –, le plus souvent sur le papier à en-tête de l’hôtel d’un soir, tel qu’en témoigne le livret qui rassemble paroles et accords (seize au total, soit un accord par année d’existence) de la main de notre poète électrique. Qui, tutoyant les mêmes sommets que Johnny Cash, Leonard Cohen, Bob Dylan et Lou Reed, a rassemblé ses troupes argentées (Steve West de Pavement, Tony Crow, William Tyler et Mark Nevers de Lambchop) à Nashville pour accoucher d’un chef-d’œuvre de plus. Le sixième. Et si ces enregistrements bénéficient d’une cohésion instrumentale acquise sur scène, on reste désarmé par la force d’écriture de David Berman, qui incarne avec Will Oldham ce qui est arrivé de mieux à la musique américaine depuis les derniers enregistrements de Johnny Cash par Rick Rubin ! À la différence que l’homme en noir se cantonnait à des reprises quand le trublion de Drag City aligne neuf classiques originaux (et une reprise de Maher Shalal Hash Baz), allant du rire le plus grinçant aux larmes les plus chaudes. Merveille pop aux chœurs féminins de Cassie Berman en personne, Suffering Jukebox évoque ainsi le grand Phil Spector alors que San Francisco B.C., la chanson fleuve du disque rappelant le phrasé de Jarvis Cocker, retrace quelques destins mal en point, tel l’inusable Walk On The Wild Side du grand méchant Lou. Truffées de détails qui leur confèrent une dimension cinématographique, les chansons marmonnées un chewing-gum dans la bouche par Berman creusent inlassablement le même sillon et ce sentiment de déjà entendu comblera les aficionados du genre. Car si de l’avis même de son auteur, “tout le monde peut jouer ces chansons”, les écrire demeure une autre paire de manche.

Renaud Paulik

magazine num 121 article extrait de :
MAGIC RPM #121


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