Il ne
faut jamais dire jamais. Car voilà un groupe, déjà auteur de quatre albums
depuis 1997, qui ne nous a JAMAIS intéressés, et encore moins passionnés. En
une ouverture digne d’Animal Collective en islandais dans le texte (le single Gobbledigook, avec son clip digne d’un remake des Idiots de Lars Von Trier) et un
tube absolu (Inní Mér
Syngur Vitleysingur, avec une montée orchestrale à la Sufjan Stevens), Sigur
Rós sidère par sa joyeuseté insoupçonnée. Ce début incroyable n’est que
l’ébauche d’un émerveillement (quasi) total. Déployant des trésors
d’inventivité, le groupe de Jón Thor Birgisson est épaulé ici par un casting
impressionnant :l’orchestre London Sinfonietta sur un titre (Ára Bátur, à vous filer la chair de
poule), ses compatriotes féminines d’Amiina aux arrangements de cordes et
l’insigne Flood à la production. Tout ce beau monde est au service de Med Sud í
Eyrum Vid Spilum Endalaust, autrement dit dans une langue plus
internationale que ce “volenska” créé
par Birgisson lui-même, With A Buzz In
Our Ears We Play Endlessly. Un beau titre pour ce disque enregistré aux
quatre coins de la planète (New York, Londres, Reykjavík, La Havane), qui
fleure autant la nuit blanche (la caresse Gódam Daginn) que le soleil diurne (le réveil Vid Spilum Endalaust). Même lorsque Sigur Rós
retombe,
par endroits (le premier tiers des neuf minutes de Festival, la complainte Illgresi),
dans sa méditation subaquatique popularisée par l’hymne Svefn-g-Englar, il se relève aussitôt pour signer une nouvelle
splendeur. Comme quoi, en délaissant les guitares noyées dans la réverbération
pour une tonalité plus organique, Sigur Rós a gagné en limpidité mélodique et s’est libéré d’un
carcan, à l’image de la pochette illustrée par le Ryan McGinley, célèbre
photographe spécialisé dans le nu. À l’impossible, Sigur Rós
est
désormais te-nu.