Voici dix ans que Serena Maneesh organise son chouette
boucan dans une relative discrétion. Le monde n’ayant désormais d’yeux que pour
ses chaussures, le quintette d’Oslo peut espérer marquer l’époque avec un
deuxième Lp pompeusement intituléN°2: Abyss In B Minor. Courte et dense, léchée et abrupte,
crue et étudiée, cette œuvre s’engage dans un fascinant corridor au swing
plombé, dont s’échappent en vrille notes de piano, basse éprouvante, guitares
torturées et soupirs filtrés (Ayisha Abyss). Cette bande-son d’un
mouroir en ruines est immédiatement suivie d’une douceur noisy pop, dont
l’ouverture déroutante laissait présager d’une raideur brutale (I Just Want
To See Your Face).
En deux morceaux intenses, les Norvégiens présentent l’alpha et l’oméga de leur travail : déchaînement de violence passionnelle et accalmies aériennes. D’ailleurs, le chant diaphane et lancinant de la platine Hilma Nikolaisen semble insensible au vacarme minutieusement orchestré par son frangin Emil et, surtout, un batteur alliant précision d’horloger et puissance de boucher (combien de kits explosés au cours de ces sessions ?). Si l’on ressent l’influence des premiers My Bloody Valentine sur ces morceaux nuageux striés d’éclairs, c’est certainement du côté de Loop que Serena Maneesh puise cette science du son et ce souci du détail. Aussi réussi soit-il, cet album pourrait tourner à la citation systématique et vaine si le songwriting ne suivait pas. Or, après quelques titres où les ambiances prennent le pas sur le refrain, nos cordonniers libèrent une rage stoogienne et convoquent Primal Scream, Liars et Spacemen3 (Blow Yr Brains In The Mourning Rain).
Plus loin, s’établit un cousinage avec Black Mountain (Honeyjinx, concentré de violence tellurique et de langueur sensuelle). Pour finir, les Scandinaves surprennent avec deux morceaux situés dans un no man’s land où batifolent Bertrand Burgalat et Stereolab, parsemé de flûtes et de congas. Autant de pistes troubles, de culs-de-sac et de barrières à franchir pour saisir Serena Maneesh. Moins monolithique ou jusqu’au-boutiste premier degré (mais jubilatoire) que A Place To Bury Strangers, par exemple, ces musiciens nous emmènent véritablement ailleurs. Sans envie de retour.
En deux morceaux intenses, les Norvégiens présentent l’alpha et l’oméga de leur travail : déchaînement de violence passionnelle et accalmies aériennes. D’ailleurs, le chant diaphane et lancinant de la platine Hilma Nikolaisen semble insensible au vacarme minutieusement orchestré par son frangin Emil et, surtout, un batteur alliant précision d’horloger et puissance de boucher (combien de kits explosés au cours de ces sessions ?). Si l’on ressent l’influence des premiers My Bloody Valentine sur ces morceaux nuageux striés d’éclairs, c’est certainement du côté de Loop que Serena Maneesh puise cette science du son et ce souci du détail. Aussi réussi soit-il, cet album pourrait tourner à la citation systématique et vaine si le songwriting ne suivait pas. Or, après quelques titres où les ambiances prennent le pas sur le refrain, nos cordonniers libèrent une rage stoogienne et convoquent Primal Scream, Liars et Spacemen3 (Blow Yr Brains In The Mourning Rain).
Plus loin, s’établit un cousinage avec Black Mountain (Honeyjinx, concentré de violence tellurique et de langueur sensuelle). Pour finir, les Scandinaves surprennent avec deux morceaux situés dans un no man’s land où batifolent Bertrand Burgalat et Stereolab, parsemé de flûtes et de congas. Autant de pistes troubles, de culs-de-sac et de barrières à franchir pour saisir Serena Maneesh. Moins monolithique ou jusqu’au-boutiste premier degré (mais jubilatoire) que A Place To Bury Strangers, par exemple, ces musiciens nous emmènent véritablement ailleurs. Sans envie de retour.