Maintes fois affligé par de sales expériences oscillant entre canular et cauchemar, on redoute depuis belle lurette le pire dès qu'est prononcé le mot de come-back. Fusse-t-il celui d'une formation chérie, injustement mésestimée de son vivant et incroyablement ignorée depuis sa disparition, alors que certains de ses contemporains ont bénéficié d'une revalorisation dont seule la perspective historique a le secret. Section 25, donc. Groupe aux multiples incarnations, condamné dès sa genèse pour cause de parrains encombrants – tout le monde n'a pas été produit par le dénommé Ian Curtis – et de label extravagant – l'inénarrable Factory Records, bien évidemment. D'éclairs post-punk en effeuillements électroniques, cette formation, dont la fratrie Cassidy (Larry et Vinnie) a toujours constitué le socle, avait pourtant exploré des courants musicaux dont personne ne pouvait soupçonner l'importance qu'ils allaient revêtir dans les années à venir. Condamné à ce statut misérable de laissé pour compte, Section 25 n'a de plus jamais été épargné par la fatalité. Car sa reformation remonte en fait à l'an 2001. Concerts programmés, nouvel album envisagé. Avant que tout ne s'effondre lorsque la femme de Larry, Jenny, partie prenante de l'aventure, est frappée par un cancer. D'autres ne se seraient jamais remis d'un tel coup du sort… Eux, après avoir évacué tristesse et remords, ont décidé d'aller de l'avant. Pour mener à son terme Part-Primitiv, leur sixième album – le premier depuis 1988. Et force est de constater que la formation originaire de Blackpool, complétée désormais par Ian Butterworth (un ex-Tunnel Vision, les maniaques de Factory apprécieront) et Roger Wikeley, n'a rien perdu de son à-propos. Un à-propos d'autant plus criant aujourd'hui que, de New York à Rio, de Paris à Londres, ils s'essayent tous à créer cette musique dense et danse, où s'entrechoquent pulsions électroniques et stridences guitaristiques. Alors, sur Poppy Fields ou She's So Pretty, Section 25 investit cette house qu'il a antan contribué à générer pour l'emmener dans les recoins les plus sombres des dancefloors. Le temps de Can't Let Go ou Cry, il maltraite le rock, l'oppresse comme pour mieux le guider vers une colère sourde. Il s'offre une escapade électrobucolique (Winterland I et 2, en guise d'introduction et de conclusion), se paye le luxe de toiser PIL, de narguer The Fall. Succombe à la Temptation sur un Power Base qui fricote avec la nostalgie. Une nostalgie qui atteint son paroxysme sur la comptine rétrofuturiste Dream et l'insidieuse excursion pop Better Make Your Mind Up, où l'on (re)découvre la voix de la regrettée Jenny. Un peu comme si les frères Cassidy avaient décidé de résumer leur parcours tortueux pour en souligner la juste pertinence, ils jettent ici à la face du monde, armés d'une motivation crâne, tout ce qui a fait l'apanage de leur discographie passée. Et peuvent dès à présent conjuguer l'existence de Section 25 au futur. Antérieur.