Sébastien Tellier

Vu par Magic

Politics

archive mag février 2004
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Difficile d'imaginer plus casse-gueule comme idée d'album. C'est connu comme le loup blanc, rares ont été les exemples de cohabitation heureuse entre politique et musique depuis The Clash. Mais si la défense des opprimés, qu'ils soient mineurs, Indiens d'Amérique ou Wet Backs est tout le programme Politicsà  proprement parler de Sébastien Tellier, la révolution se passe ailleurs. L'éclatement des conventions musicales semble autrement plus intéresser notre record makerqui se plaît, dans ce cadre si particulier et idéal de disque conceptuel, à  satisfaire son goût pour la démesure. Car c'est démesurément qu'il adopte tous les genres et codes musicaux, du jazz à  l'électronique, du chant de guerre au musical. C'est démesurément qu'il se nourrit du chaos ou d'une vision de la nature africaine délivrée de tout conflit humain. Autant dire que les clichés ont la parole sur ce Wonderafrica musicalement proche d'un Christopher Cross mâtiné de Toto pour son côté "bons baisers de la savane et bien le bonjour à  Johnny Clegg". Certes, le bonhomme est bien trop malin pour ne pas oeuvrer intentionnellement, mais il maîtrise mieux son art quand il s'inspire des tics et du toc des comédies musicales, qui lui soufflent ses plus renversantes compositions, telles Bye Bye, Broadwayet La Ritournelle. Choeur antique et inflexions gospel scandent élégamment ce Bennyoù "tout finit dans un jeu vidéo"dont il incarnerait l'anti-héros dessiné sur la pochette, cet Indien au rictus menaçant de l'Amérique selon Disney. Encore faut-il ne pas être allergique aux ficelles cheap, paroles simplistes et accents yaourt pour s'abstenir de pouffer devant quelques morceaux de bravoure comme Zombi, pastiche de générique de dessin animé 80's type Jemdont ces harpies des Misfits (et même Billy Idol) seraient les héros. Mais c'est aussi ce défi permanent au bon goût qui lui permet de livrer un irrésistible Ketchup Vs Genocideet la superbe ballade League Chicanosoù la fin justifie définitivement les moyens. Le sorcier français s'amuse de nos réserves, manipule des substances interdites pour finalement nous enserrer dans sa musique sans contraintes, tout simplement originale. Tellier pris qui croyait prendre.

Estelle Chardac

article extrait de :
MAGIC RPM #77


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