A Lire

L'Incroyable Vérité

archive mag janvier 2008
Soyez le premier à réagir

Il y a plus de deux ans paraissait une compilation d'un label français au titre prémonitoire : Source Rocks, une bande-son idéale pour enfin célébrer les funérailles de la french touch (Source avait d'ailleurs largement contribué à son expansion), bien avant que quelques vautours (Superfunk, Modjo...) n'emmènent son cadavre danser au loin, sur les playlists de Fun, NRJ ou sur le plateau de Tops Of The Pops. Avec Source Rocks, on découvrait de jeunes gens (Phoenix, Rob, Sébastien Tellier) avouant une attirance singulière pour les guitares électriques, les cheveux longs et les jeans délavés bien moulants.
Aujourd'hui, on connaît le hold-up au rayon power pop commis avec brio par les premiers, on attend avec appréhension l'album prog rock du second et l'on découvre avec stupéfaction L'Incroyable Vérité du dernier cité. Un adjectif collera longtemps au disque de Tellier : "inclassable", terme facile pour celui qui n'a jamais croisé la route de Robert Wyatt, Brian Eno, Kevin Ayers ou Michel Colombier, des chemins de traverse au charme bucolique, acoustique, romantique et plus si affinités. Une ballade en apesanteur, sans les habituels garde-fous de la pop moderne : son chanteur sympa, ses rythmes entraînants, ses mélodies au goût du jour. En fait, on ne trouvera dans L'Incroyable Vérité que Tellier lui-même, multi-instrumentiste doué à la folie non contrôlée, jouant de la musique d'"ambiances", des atmosphères acoustiques à la texture souple, des plages de claviers à l'infini et, toujours en demi-teinte, une sorte de mal être existentiel absolument inédit, entre l'abattement volontaire et la plénitude chimique. Sur ces Trilogie Chien ou Trilogie Femme, Tellier ne raconte rien mais suggère en une succession de notes libres, une fragilité musicale tout à fait sidérante chez un jeune homme de vingt-cinq balais. Cet album osé, sans rythmes, sans pop songs et (presque) sans voix, l'ami Tellier conseille de "l'écouter seul à la lumière d'une bougie". On confirme : voici un disque parfait pour économiser son énergie... Et faire de beaux rêves.

Hervé Crespy

magazine num 49 article extrait de :
MAGIC RPM #49


Commentaires


Vous devez être inscrit pour laisser un commentaire :



Mot de passe oublié ? - S'inscrire