Remarqués grâce à la reprise formidablement décalée du Comfortably Numbde Pink Floyd, quelque part entre Eye Of The Tigeret Staying Alive, les Scissor Sisters publient enfin leur premier album, après une tentative initiale avortée. Entre-temps, la rumeur avait enflé au sujet de ce gang newyorkais auteur de prestations scéniques capables de décoiffer Fischerspooner et son cabaret electroclash de pacotille. À l'avant-garde de la hype, ce disque tant attendu divise et intrigue. Le glam rock et la pop FM des années 70 et 80 semblent avoir longuement bercé l'adolescence des membres du groupe et considérablement marqué leurs compositions. L'influence des Bee Gees se ressent particulièrement dans le falsetto hystérique du jeune chanteur Jake Shears. Les ficelles les plus grossières (solos de saxophone à la Careless Whisper, riffs de guitare pompiers, envolées lyriques), qui susciteraient habituellement la consternation de tout lecteur de cette revue, sont recyclées avec un réel savoir-faire et une ironie manifeste. Outre Lauraet Tits On The Radio, certaines chansons évoquent l'Elton John de la grande époque et l'entraînent dans un univers décadent et exubérant. En bout de course, deux morceaux plus personnels semblent indiquer l'orientation future de nos nouveaux venus. À l'heure où la musique mainstreamest pillée pour le meilleur (Sébastien Tellier, Phoenix) et pour le pire (The Darkness, Yann Destal), les Scissors Sisters accouchent d'un disque aussi cohérent que stimulant.