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Anywhere I Lay My Head

archive mag mai 2008
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Le plus conforme serait de dire à nouveau qu’il ne faut pas s’en tenir au nom et à la pochette, le contenant valant bien cette fois le contenu, mais qui parle ici de conformité ? Procédons à l’inverse, arrêtons-nous un peu à la surface, attendu que pour le premier album (de platine ?) de la blonde, les choses n’ont évidemment pas été faites à moitié. Étape 1 : la résurrection, à la manière de Morrissey avec Attack (puisque le logo à l’ancienne possède autrement plus de cachet), d’un label estimé et évanoui, en l’occurrence ATCO, pour sortir Anywhere I Lay My Head (Art Garfunkel fait de même avec son nouvel opus, mais peu importe, n’a-t-il pas toujours été dans l’ombre de quelqu’un d’autre ?). Étape 2 : la reprise d’une sélection de titres du vagabond Tom Waits essentiellement puisés dans la seconde partie de sa carrière, lorsqu’il s’en est allé comme un cheval fou. Il ne faudrait pas que la belle chante calmement des morceaux eux-mêmes apaisés, ceux de la période Asylum, non, ce serait trop plat. Une exception avec I Wish I Was In New Orleans, extrait de Small Change (1976). Une exception, c’est toujours mieux. Il ne faudrait pas non plus que la comédienne, dont la voix grave est évidemment singulière, soit comparée à la cinématographique et langoureuse Crystal Gayle, qui partageait le micro avec Tom Waits sur One From The Heart (1982), la bande originale du film de Francis Ford Coppola. Non, non, ce disque ne doit rien devoir au cinéma, c’est bien le moins. Étape 3 : la présence joliment inessentielle de David Bowie, qui se fend des chœurs sur deux morceaux en mimant avec un certain bonheur les borborygmes de Waits, réussite d’autant plus notable qu’elle figure en arrière-plan (le superflu et le dissimulé sont toujours plus chics). Étape 4 : Un visuel où la star dort sur un tapis de feuilles. C’est encore mieux que le bâillement de Neil Tennant immortalisé sur la pochette de l’album de la consécration de Pet Shop Boys, Actually (1987). Après ça, il faut s’armer d’une solide mauvaise foi pour ne pas succomber à ces dix reprises (auxquelles s’ajoutent un inédit composé par la demoiselle : une exception, c’est toujours mieux) habillées par l’ample production de Dave Sitek (TV On The Radio) et la guitare de Nick Zinner (Yeah Yeah Yeahs), comme du ragtime réorchestré par Kevin Shields. Tous les efforts entrepris pour que ce disque auquel le grand Tom n’a pas participé soit sans équivalent n’empêcheront pas de le ramener à ceux de Sparklehorse et surtout à Murder Ballads (1996) de Nick Cave. On a connu moins flatteur, même à l’encontre de cette It Girl qui se rêve en Gena Rowlands plutôt qu’en Jessica Simpson.

Julien Welter

magazine num 120 article extrait de :
MAGIC RPM #120


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