Sous ce curieux pseudo se cache Scott Herren, un Américain de Miami, mieux connu sous les noms de Derarosa + Arosa ou Prefuse 73 sur des labels aussi cryptés que Schematic (une structure publiant ses disques sans donner aucune info, ni le titre, ni l'auteur, sympa) ou Warp. Pourtant, ce n'est pas sur le terrain de l'electronica domestique ou expérimentale que s'ébat Savath & Savalas, sans doute lassé par les boucles rythmiques sans fin ou les logiciels trop séquencés. La preuve, sur son premier album Folk Songs For Trains, Trees & Honey, on y entend de tout sauf de l'électronique, justement : une vraie batterie, des guitares, pas mal d'emprunts à l'ambient jazz et aux digressions avant-rock (pour parler comme dans The Wire), le tout piloté par un producteur techno. Le résultat est, à la première écoute, surprenant et, aux suivantes, époustouflant : en trente minutes chrono, on passe de Brian Eno à Tortoise puis de Boards Of Canada à David Grubbs et de Neil Olliveira (l'homme de The Detroit Escalator) à Brian Eno pour boucler la boucle. C'est donc un voyage purement instrumental et tout confort dans lequel on embarque avec délice : la cabine est capitonnée (production remarquable), l'hôtesse susurre des mots doux (sonorités organiques et sensuelles, groove ouaté) et le commandant de bord (Scott Herren lui-même) vole à haute altitude, planant au-dessus de la multitude électronique avec sérénité. Mieux qu'un disque de l'année, c'est un disque de l'apnée dont il est ici question. Une réussite de plus signée Warp.