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D’abord, il y a ce nom. Trompeur. Ou plutôt évocateur. Un nom qui suscite immédiatement, sans qu’on sache trop pourquoi, l’idée d’exil. Le voyage, comme dernière possibilité de fuite. Voyage en prise avec la réalité ou tout juste fantasmé, on ne peut encore le déterminer. Sammy Decoster. Une identité qui rime, d’abord, avec désert. Et tout ce que cela suggère de grandes étendues illimitées, de lignes d’horizon indéfinies. D’aridité fascinante et de veillées étoilées. Ensuite, vient la photographie. Regard aussi noir que les cheveux, une gueule au magnétisme certifié Actor’s Studio. Aux pieds, un chien presque désœuvré.

Une drôle de sensation d’attente. Mais attendre quoi ? Son heure, peut-être. Qui semble enfin venue. Sammy Decoster, encore. Vrai faux débutant, francilien installé dans le nord de l’Hexagone – question de racines. Ancien guitariste de luxe pour Ultra Orange – d’avant la Seigner. Un tiers du projet Tornado – repéré dans ces mêmes pages, il y a quatre ans. Diplômé de géographie, doté d’une sale obsession pour l’Elvis baladeur – plutôt que rockeur. Alors, les pièces du puzzle commencent à s’assembler. Et à faire sens. Sammy Decoster écrit des chansons déracinées. Des chansons où il est souvent question d’amour, de rédemption. Parfois, de pardon et d’incompréhension. Entre les instruments, il existe toujours de l’espace.

Comme pour mieux laisser le chant respiré. Une voix profonde, évoluant entre timidité assumée et assurance maitrisée. Bien sûr, il vient à l’esprit autant d’images que de noms – anciens, récents, peu importe. Des filiations se tissent, certaines d’une évidence aveuglante – terminus Tucson –, d’autres plus surprenantes – Ostende, Col de la Croix-Morand. Pourtant, le jeune homme ne ploie jamais sous le poids des traditions. Quand il sonne la charge sur L’Homme Que Je Ne Suis Pas, slide et claquements de mains en guise de garde-fou, quelques (noirs) désirs s’éveillent. Mais Sammy n’est pas Luke.

Ambiances morriconiennes (il était une fois
Savannah Bay), confessions acoustiques et orchestrées (Mon Dernier Rêve), rock brûlant joué un pistolet sur la tempe (L’Exil – comme une justification des premières impressions) se bousculent sur cet album traversé par une mélancolie diffuse. Le Dernier Rendez-Vous, on le donnerait bien du côté de Louisville, Kentucky, sur le perron d’un Palace délabré. Ici et là, un cuivre rend son dernier souffle, un harmonica expire. Je N’ai T’ai Pas Dit Adieu fait valser les derniers doutes, balayés par la fausse légèreté d’un banjo élégant, la noirceur d’un orgue orageux. Tu Me Hantes, conclue dans un murmure d’une rare justesse – guitare acoustique en suspend, stridences électriques – le chanteur au visage anguleux.

Anguleux comme ces douze morceaux qui, plutôt que de s’offrir en pleine lumière, s’abandonnent et se dévoilent dans le halo d’un crépuscule bleuté. Alors, oui, ce Decoster est bien taillé. Surtout pour le succès.

Christophe Basterra
MAGIC RPM  #127


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