Salem reste largement associée aux fameux procès pour sorcellerie qui s'y
déroulèrent au XVIIe siècle aux États-Unis, alors colonie
britannique. Exemple édifiant de manipulations, d'hallucinations lysergiques ou
de puritanisme archaïque selon les interprétations, cet épisode sanglant et
barbare n'a cessé de nourrir les fantasmes et les fictions. Depuis 2006, John
Holland, le membre fondateur du trio du Michigan, s'est emparé du nom de cette
ville et de l'imaginaire qu'il véhicule pour tenter de recréer un lieu musical
inquiétant, hanté, gothique et onirique. Depuis, le mouvement nommé witch house
a pris un singulier essor au sein de microlabels tels que Disaro, Tri Angle, ou
CDX (le label de Mater Suspiria Vision). Ces véritables laboratoires sont
marqués par un catalogue aux couleurs sombres mariant des artistes aux
techniques d'enregistrement (parfois) similaires qui partagent un goût commun
pour les atmosphères lourdes et oppressantes. Salem se présentait encore l'an passé
comme un groupe de producteurs, lo-fi, malins, inventifs et peu soucieux du bon
goût, capables de fusionner astucieusement les beats hip hop, une electronica
warpienne souillée de saturations et de basses orageuses à une esthétique “doom”.
Il a donc fallu plus de deux années à Salem pour faire mûrir le tant attendu King Night, un premier LP crépusculaire qui, malgré un mix léché signé Dave Sardy (Oasis, Jay-Z, Marilyn Manson, Devo), ne manquera pas d'en faire fuir plus d'un. Pris individuellement les titres de cet album n'égalent pas forcément ceux des minimalistes EP et du CD-R Fuckt (dont on retrouve ici de nombreux morceaux), mais la force de ce second long essai réside, comme dans l'histoire des supposées sorcières, dans ce mélange fascinant de réalité brute et de sublimation romanesque. Les beats violents typiques des enregistrements “drag” contrastent avec la volonté mélodique, flottante et aérienne des lignes de claviers tantôt épurées, tantôt bourdonnantes ; le chant féminin au lyrisme décalé vole au-dessus de cette bouillonnante alchimie de bruit maîtrisé et de testostérone. Si l'on a aujourd'hui le sentiment de contempler une œuvre encore inédite (avant les clonages d'ores et déjà prévus), on peut timidement avancer quelques ressemblances avec My Bloody Valentine pour la relation paradoxale qu'entretiennent la mélodie et le chaos sonore (Killer, Frost), avec Coil pour le désespoir et la violence. En 2010, justice est enfin faite, Salem a largement contribué à créer un genre, c'est désormais lui qui le consacre.
> Écoutez King Night en intégralité.
Il a donc fallu plus de deux années à Salem pour faire mûrir le tant attendu King Night, un premier LP crépusculaire qui, malgré un mix léché signé Dave Sardy (Oasis, Jay-Z, Marilyn Manson, Devo), ne manquera pas d'en faire fuir plus d'un. Pris individuellement les titres de cet album n'égalent pas forcément ceux des minimalistes EP et du CD-R Fuckt (dont on retrouve ici de nombreux morceaux), mais la force de ce second long essai réside, comme dans l'histoire des supposées sorcières, dans ce mélange fascinant de réalité brute et de sublimation romanesque. Les beats violents typiques des enregistrements “drag” contrastent avec la volonté mélodique, flottante et aérienne des lignes de claviers tantôt épurées, tantôt bourdonnantes ; le chant féminin au lyrisme décalé vole au-dessus de cette bouillonnante alchimie de bruit maîtrisé et de testostérone. Si l'on a aujourd'hui le sentiment de contempler une œuvre encore inédite (avant les clonages d'ores et déjà prévus), on peut timidement avancer quelques ressemblances avec My Bloody Valentine pour la relation paradoxale qu'entretiennent la mélodie et le chaos sonore (Killer, Frost), avec Coil pour le désespoir et la violence. En 2010, justice est enfin faite, Salem a largement contribué à créer un genre, c'est désormais lui qui le consacre.
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