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De la poudre aux yeux, le quatrième album de Sage Francis en dispense une glorieuse quantité avec son casting d’invités folk rock qui parade au sommet d’une indie sphère que la maison de disques Anti- et le rappeur mastoc ont su malignement aiguiller vers leur troisième et, contractuellement parlant, dernière besogne commune. Le bouquet final, quoi, nommé d’après un vers du projet précurseur de Sage Francis, les Non-Prophets (“Life is just a lie with an "f" in it and death is definite”). Mais au-delà de sa concrétisation tintamarresque, le caprice était présumable. Fan de metal à ses heures juvéniles, Paul l’avisé avait déjà tâté des plaisirs transgenres pour le meilleur (Sea Lion avec Will Oldham), le pire (Let Them Eat War avec Bad Religion), le symptôme (Water Line avec l’ancien Mark Isham), et la prophétie avec le crescendo à l’intensité organique Going Back To Rehab, qui achevait en six minutes le précédent essai Human The Death Dance (2007). Six minutes, c’est aussi la durée de The Best Of Times, autre crescendo terminal et dôme inatteignable de Li(f)e. Une collaboration avec Yann Tiersen qui débute sans rythmique, comme une discrète confidence tamisée par de multiples rais orchestraux que le Français pilote avec son sens inné de la dramaturgie. Puis le phrasé se précipite en bondissant d’une résonance de vibraphone à l’autre, surchauffe en chopant la fièvre lyrique des ondes Martenot, et se libère en prononçant chaque nouvel aveu.

Sous cette cime éternelle, Li(f)e peut s’enorgueillir d’autres prises habilement façonnées par le producteur Brian Deck et une majeure partie des post-rockeurs chicagoans Califone, tous chargés d’unifier en studio les créations des contributeurs et de foutre au feu les habituelles guenilles hip hop. La mission est accomplie, la cohérence agit et le fil conducteur se tisse aisément entre l’acoustique de Jason Lytle que Sage Francis rend orgueilleuse (Little Houdini) et les sprints rock de Chris Walla (Three Sheets To The Wind). Entre la bonté smooth de Califone qui rappelle les leçons bluesy d’Atmosphere (Polterzeithgeist, The Baby Stays) et l’électricité pure de feu Mark Linkous (Love The Lie, malgré ses chœurs qui dégoulinent). Entre la paysannerie country de Tim Fite (Worry Not) et les spirales arides de Calexico (Slow Man). Si ce ne sont les paroles ridicules d’I Was Zero (avec le meilleur ennemi Buck 65) et le pastiche de Fit But You Know It de The Streets (donc de Parklife de Blur) sur London Bridge, Li(f)e réussit le tour de force d’ériger un édifice crossover facilement pénétrable, quoique casse-gueule à tous les étages. On ne doutait pas que le mythique souffle de Sage Francis soit assez puissant pour disperser les poussières dorées et nous aider à y voir clair.

Jean-François Le Puil
MAGIC RPM  #143


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