Ce disque
débute par un tour de force. Ou comment, pendant les trois minutes solennelles
d’Underground For Dummies, Sage
Francis parvient à résumer sa déjà longue carrière (l’homme sortait sa première
démo en 1996), citant à la fois ses influences, ses états d’âme passés, sa
vision du hip hop et l’ensemble de sa discographie. Une de ces proses
brillantes auxquelles nous a habitué, depuis l’inaugural Personal Journals (2002), un rappeur américain que l’on peut
aujourd’hui considérer comme le meilleur parolier de sa génération : moins
grandiloquent que Sole, moins abstrait que Doseone, plus constant que Buck 65,
plus prolifique que Pedestrian, et moins guerroyeur que Saul Williams.
De sa
voix terreuse, profonde et invincible, Sage Francis abandonne ici le
militantisme du déflagrateur A Healthy Distrust (2005) pour mettre en perspective un parcours singulier qui vit un
blanc-bec de huit ans, fan de Run DMC et Chuck D, se réfugier dans les rimes
pour finalement devenir le meilleur slameur du pays, remportant les battles les unes après les autres (“la plus importante vêtu d’un tee-shirt
Metallica”). Si Human The Death Dance
voit ses acolytes habituels investir les platines (Alias, Reanimator, Sixtoo),
Sage Francis se réconcilie également avec Buck 65 (le honkytonk Got Up This Morning), s’approprie avec
puissance les cordes de Mark Isham (Waterline),
et fait même appel à de parfaits inconnus pour une fin d’album remarquable.
À
la noirceur irradiée de Call Me Francois
succède ainsi le rageur Hoofprints In The
Sand et le paroxystique Going Back To
Rehab. Six minutes d’une montée en puissance herculéenne qui débute par un
sample de la PCP Poetry de Bryan
Saunders pour finir en pleine avalanche sonique où voix, piano, guitares et
batterie rivalisent d’intensité. À la fois la conclusion idéale d’une trilogie
irréprochable, et le sommaire d’un avenir haletant.