Fiévreux,
imprévisible et très prolifique, Ryan Adams est probablement l’un des artistes
les plus controversé et moqué de la scène américaine. Autrefois, le jeune homme
laissait des messages d’insultes sur les répondeurs des journalistes hostiles.
Aujourd’hui, Adams n’a qu’une seule réponse à apporter à ses
détracteurs : ses chansons. Et là, l’Américain joue sur du velours. Easy Tiger, son neuvième album, déroule
des morceaux courts, aux frontières de la country, du folk et de la soul. Leur
classicisme flirte parfois avec la banalité, mais tutoie le plus souvent
l’excellence. Magnifiquement enrobées par The Cardinals (qui trouvent en Neal
Casal un nouveau guitariste de choix), les mélodies capiteuses font des ballades
moelleuses. Rythmique admirable de justesse, guitares, piano et chœurs portent Two, Rip
Off ou Two Hearts vers des
sommets que l’ami Ron Sexsmith fréquente régulièrement. These Girls ou Oh My God,
Wathever, Etc. imposent un dépouillement impressionnant, où tout respire la
simplicité et la luminosité. Sur Halloweenhead,
Ryan Adams retrouve sa morgue autodépréciative pour un morceau lourd et
efficace. Avec son banjo et ses chœurs rustres, Pearls On A String sent bon le foin, parfait reflet d’un disque qui
ne joue ni le calcul ni la pause. Il suffit pour s’en convaincre d’entendre
Adams chanter, plier sa voix magnifique au gré des mélodies, parfois pleine et
puissante, parfois fragile, plus aigue ou légèrement voilée, comme sur la
sublime I Taught Myself How To Grow Old,
une sorte de There Is A Light That Never
Goes Out country. Ou Morrissey à Brokeback
Mountain.