Fort du succès de Gold, deuxième album porté par le tristement opportun New York, New York, Ryan Adams revient avec un étrange projet, émanation d'un artiste confiant et prolixe. Il s'est en effet rendu en studio à cinq reprises entre décembre 2000 et octobre 2001 pour y enregistrer des maquettes. C'est dans cet abondant matériel qu'il a pioché pour composer le présent disque. Pas de chichis, les chansons de Demolition restent toujours plus produites que n'importe quel titre de Silver Jews. La provenance multiple des morceaux lui assure en revanche un éclectisme bienvenu. Ryan y embrasse avec conviction et générosité toutes les nuances du folk américain : de Ron Sexsmith à Bruce Springsteen, de ballades dépouillées (Tomorrow, Desire) en essais country (Hallelujah). Si l'on conçoit que ses airs de bon élève appliqué puissent agacer, sa constance et l'aisance de son écriture forcent le respect, tout comme cette facilité déconcertante à modeler sa voix aux différents styles et tempos abordés. Démolie par la tristesse et l'alcool, elle est une présence bouleversante sur Starting To Hurt et Nuclear, tubes potentiels portés par une basse imposante et des guitares mordantes. Sur les titres plus calmes et introspectifs, le chant est doux mais affirmé, simplement accompagné d'une guitare acoustique et d'un violoncelle (You Will Always Be The Same) ou doublé par des choeurs (le superbe Cry On Demand). De ces chansons naît un sentiment de grande fragilité, une sensibilité intelligemment préservée par leur nonproduction.