En 1988, Neil Hagerty n’est pas
content. À tel point qu’il aurait poussé les autres membres de Pussy Galore à réenregistrer
l’intégralité d’Exile On Main Street
des Rolling Stones, une lubie sortie uniquement en cassette. L’artefact, pas prêt
d’être réédité officiellement, fera longtemps jaser. Et pourtant, Pussy Galore
quoi. Pas la moindre des tentatives de déconstruction du binaire à cette époque.
Affreux, sales et méchants, on ne voit que les allemands d’Einstürzende
Neubauten ou les Écossais de The Jesus And Mary Chain pour malmener la chose
avec autant de sadisme, sans parler des compatriotes Sonic Youth, Killdozer ou
Scratch Acid. Mais avec son collègue Jon Spencer (dont on réédite aussi, hasard
du calendrier, les meilleurs œuvres ces jours-ci…), le courant ne passe plus
vraiment et Hagerty, flanqué de sa copine Jennifer Herrema et de sales
habitudes de dope, cherche un nouveau véhicule pour accomplir ses méfaits : ce
sera Royal Trux. Et dans le genre bazar strident, ils vont faire pire, bien
pire. Pour vite trouver le meilleur de ce pire, on passera rapidement sur le
premier LP éponyme (1988) et Twin
Infinitives (1990), disques qui ont leurs défenseurs – un peu comme Trout Mask Replica de Captain Beefheart
en son temps –, mais que je continue vingt ans plus tard à considérer toujours
comme absolument inécoutables.
Royal Trux - Solid Gold Tooth (1990)
En revanche, dès le troisième album, lui aussi sans titre et dont on se réfère généralement sous le nom de Skulls (1992) – rapport aux ossements qui en ornent la pochette –, Herrema et Hagerty trouvent, non une formule, mais une bien meilleure domestication de leurs idées. Psychiquement cernés par une obsession stonienne qui confine à l’occultisme, nos deux tourtereaux de l’enfer laissent enfin couler leur inspiration pour le commun des mortels. Enfin presque. Même si la structure des morceaux se permet encore quelques libertés stratosphériques (le bien nommé Hallucination), la volonté d’écrire véritablement des chansons se fait jour avec le bouleversant Junkie Nurse, un des plus beaux morceaux de blues acoustique jamais écrit en Amérique – toutes époques confondues. Le reste est plutôt réjouissant avec ses perles noires (Sometimes), ses fausses accalmies (Lightning Boxer, Blood Flowers et ses fabuleuses notes de guitares fuzz qui ont l’air complètement indépendantes du reste du morceau) et un tube décharné (Sun On The Run), qui, question scansion terroriste et tension sexuelle, ferait rougir de honte The Kills – ces derniers doivent à peu près tout à leurs aînés. L’évolution se poursuit avec Cats And Dogs (1993), qui augmente encore le potentiel audible du groupe, offrant un son plus ample mais toujours aussi sauvage (Teeth). En pleine période de Grungeploitation, Royal Trux fait franchement office de très déviants défenseurs d’un underground non domestiqué où la primauté des idées sur la forme ne fait aucune concession aux lois du marché (Friends, Driving That Car).
Royal Trux - Air (1992)
Mais ils savent quand même cacher sous un bordel sonore fascinant (The Flag) de grandes compositions capables d’embrasser une sorte de classic rock – certes malmené et éclaté (Skywood Greenback Mantra, Up The Sleeve). Une approche assez classe et classique en tout cas pour que le groupe aille enregistrer son méfait suivant (Thank You, 1995) en compagnie du producteur historique de Neil Young, David Briggs, pour le compte de Virgin US, qui ne peut pas se permettre de laisser passer ce qui est probablement à l’époque la formation la plus méchamment cool du monde – et en sera quitte pour un petit million de billets verts au passage. Cette histoire-là est encore plus fascinante, tout comme le retour au bercail, chez Drag City pour LE véritable chef d’œuvre (Accelerator, 1998), dont l’influence se ressentira même chez les vétérans Primal Scream. À noter que ces rééditions n’apportent ni bonus, ni notes de pochette un peu savantes : elles sont aussi brutes et foutrement géniales que lors de leur parution originelle. À bon entendeur…
Royal Trux - The Spectre (1993)
Royal Trux - Solid Gold Tooth (1990)
En revanche, dès le troisième album, lui aussi sans titre et dont on se réfère généralement sous le nom de Skulls (1992) – rapport aux ossements qui en ornent la pochette –, Herrema et Hagerty trouvent, non une formule, mais une bien meilleure domestication de leurs idées. Psychiquement cernés par une obsession stonienne qui confine à l’occultisme, nos deux tourtereaux de l’enfer laissent enfin couler leur inspiration pour le commun des mortels. Enfin presque. Même si la structure des morceaux se permet encore quelques libertés stratosphériques (le bien nommé Hallucination), la volonté d’écrire véritablement des chansons se fait jour avec le bouleversant Junkie Nurse, un des plus beaux morceaux de blues acoustique jamais écrit en Amérique – toutes époques confondues. Le reste est plutôt réjouissant avec ses perles noires (Sometimes), ses fausses accalmies (Lightning Boxer, Blood Flowers et ses fabuleuses notes de guitares fuzz qui ont l’air complètement indépendantes du reste du morceau) et un tube décharné (Sun On The Run), qui, question scansion terroriste et tension sexuelle, ferait rougir de honte The Kills – ces derniers doivent à peu près tout à leurs aînés. L’évolution se poursuit avec Cats And Dogs (1993), qui augmente encore le potentiel audible du groupe, offrant un son plus ample mais toujours aussi sauvage (Teeth). En pleine période de Grungeploitation, Royal Trux fait franchement office de très déviants défenseurs d’un underground non domestiqué où la primauté des idées sur la forme ne fait aucune concession aux lois du marché (Friends, Driving That Car).
Royal Trux - Air (1992)
Mais ils savent quand même cacher sous un bordel sonore fascinant (The Flag) de grandes compositions capables d’embrasser une sorte de classic rock – certes malmené et éclaté (Skywood Greenback Mantra, Up The Sleeve). Une approche assez classe et classique en tout cas pour que le groupe aille enregistrer son méfait suivant (Thank You, 1995) en compagnie du producteur historique de Neil Young, David Briggs, pour le compte de Virgin US, qui ne peut pas se permettre de laisser passer ce qui est probablement à l’époque la formation la plus méchamment cool du monde – et en sera quitte pour un petit million de billets verts au passage. Cette histoire-là est encore plus fascinante, tout comme le retour au bercail, chez Drag City pour LE véritable chef d’œuvre (Accelerator, 1998), dont l’influence se ressentira même chez les vétérans Primal Scream. À noter que ces rééditions n’apportent ni bonus, ni notes de pochette un peu savantes : elles sont aussi brutes et foutrement géniales que lors de leur parution originelle. À bon entendeur…
Royal Trux - The Spectre (1993)