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Récemment, on a vu les présentoirs des temples de la culture se couvrir d'oeuvres millésimées 1977. De Richard Hell à  The Clash en passant par The Stranglers, les mauvais garçons du rock faisaient leur entrée dans l'Histoire officielle. En retrait, les initiés hésitaient entre joie (les gosses allaient pouvoir jeter leurs disques de Blink 182 et se mettre à  Devo) et méfiance (le système ayant tendance à  changer le sang en eau de rose). Toutefois, un grand nombre de formations essentielles manquaient à  cette rétrospective, préservant une part de confidentialité à  un genre né et mort en marge des circuits traditionnels. Parmi ces éternels oubliés des manuels, Rocket From The Tombs fait figure de cas d'école. Formé à  Cleveland en 1974 sous l'impulsion de David Thomas et Peter Laughner, ce groupe fait partie des pionniers qui ont posé les bases du mouvement punk, en adoptant avant tout le monde une attitude résolument anticonformiste. Il disparaît après trois années d'activité, mais ses membres continuent la lutte : Thomas et Laughner fondent Père Ubu, et le guitariste Gene O'Connor (alias Cheetah Chrome) rejoint The Dead Boys. De quoi nourrir un mythe solide, qui aurait pu s'éteindre avec la disparition progressive de leurs fans si le plus célèbre d'entre eux, Richard Lloyd, ne s'était chargé de les réunir en 2003 pour une série de concerts. Dans son élan, le guitariste de Television s'est aussi occupé de l'enregistrement et de la production de Rocket Redux, premier album depuis vingt-sept ans, où le groupe reprend avec nostalgie douze titres de son répertoire original (dont le classique 30 Seconds Over Tokyo, popularisé par Pere Ubu). De manière surprenante, ces nouvelles versions sonnent exactement comme si elles avaient été prises sur le vif en 1974 dans le garage parental. À croire que les musiciens ont été dà©congelés avec leur matériel juste pour l'occasion. Passé ce sentiment de désuétude, c'est avec plaisir que l'on (re)découvre le charme bancal de ces compositions essoufflées, embryons proto-punk des éclats à  venir, signes passés du no future. Indispensable pour tous les archéologues du rock.
Michaël Patin
MAGIC RPM  #79
article extrait de :
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