Modernité, érudition, sens de l'évocation et de la rupture de ton, douceur et audace conjuguées... on ne saurait que trop conseiller l'achat du nouvel album de Robert Wyatt à tous les auditeurs frustrés par l'écoute du dernier Massive Attack. L'ermite britannique met à peu près autant de temps que ce poseur de 3D pour enregistrer un disque, mais chez lui, le souci de la contestation ou de la remise en question s'assortit toujours d'une élégance et d'un sens de l'humour inconnus de certains musiciens contemporains qui se piquent de "penser" musicalement les inquiétudes de chacun sur l'état du monde. Le principe est pourtant le même : patience et collectivité, comme ici avec les collaborations de Brian Eno et Paul Weller, qui avaient déjà répondu présent lors de l'enregistrement du précédent album de Robert Wyatt, Shleep, en 1997. Depuis ce disque, Wyatt a retrouvé une pleine confiance en lui, après une période plus sombre et janséniste marquée par les ascétiques Old Rottenhat et Dondestan. Tout comme la libre profusion de pastels, déployés sur la pochette de Cuckooland, la musique de Wyatt témoigne aujourd'hui de cette gourmandise retrouvée, se permet presque tout en butinant avec une délicatesse et une habilité stupéfiante : jazz décalé, vocaux dignes d'une comptine médiévale ou chantés en japonais, claviers anachroniques... Tout finit par cohabiter sous la seule égide d'une beauté adulte mais jamais ronflante. D'ailleurs, qui d'autre que Wyatt pourrait se permettre une reprise d'un standard bossa autant traîné dans la boue et la muzak qu'Insensatez de Jobim sans passer pour une truffe oeuvrant à la confection des compilations Costes ?