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Alone – The Home Recordings Of Rivers Cuomo de Rivers Cuomo

chronique d'album

Petit manitou excentrique et mystérieux à ego volumineux et lunettes rectangulaires, Rivers Cuomo a souvent fanfaronné être assis sur un coffre-fort rempli de quelque huit cents chansons inédites, restées en marge de la discographie surpuissante des grands Weezer. De quoi alimenter les fantasmes des fans et consolider l’image d’un auteur compositeur génial, seul maître à bord d’un groupe complètement à sa botte. Sur ces deux tableaux-là, Alone – The Home Recordings Of Rivers Cuomo remet les pendules à l’heure, parfois à son corps défendant. Dans un mélange de vanité et d’inconscience, le binoclard s’y dévoile en auteur prolifique et laborieux mais pas vraiment en génie absolu et autocrate. D’abord, si cette sélection de dix-huit chansons est la crème du matériel inédit de Rivers Cuomo, autant faire une croix sur l’anthologie en vingt-deux volumes pour Noël 2019. Enregistrées au fil de ces quinze dernières années et présentées dans l’ordre chronologique, ces démos sont très inégales, hésitant entre éclairs mélodiques imparables et banalité. Des chansons enregistrées avant même le premier album (bleu) de Weezer, émergent The World We Love So Much, sorte de folk acoustique dépressif, et surtout Chess, quintessence de pop légère et touchante. La démo de l’immense Buddy Holly, déjà très aboutie, donne une idée précise du peu de marge de manœuvre que laissait le petit homme à ses musiciens aux débuts du groupe. Elle comporte une partie d’orgue extraordinaire qui a malheureusement disparu de la version studio. Sorte de Graal du fan de Weezer, le disque fantôme Songs From The Black Hole (album concept qui aurait dû être leur deuxième Lp), est bien représenté. La qualité des chansons de cette époque laisse rêveur : Longtime Sunshine est une jolie ballade au piano ; Blast Off! s’impose facilement et fournira dix ans plus tard le riff énorme de Beverly Hills ; Superfriend est un tube étincelant. Enfin, à l’écoute de bien des chansons esquissées ici, qu’elles soient réussies (Lover In The Snow, Crazy One), ratées ou simplement sans intérêt (This Is The Way, Little Diane), on mesure en creux combien les musiciens de Weezer ont gagné en assurance pour sublimer les mélodies de leur leader. Le groupe dans sa formation actuelle est l’un des plus puissants et efficaces de la scène pop américaine. Puisse l’ami Rivers continuer à lui fournir ce carburant si précieux.

Vincent Théval
MAGIC RPM  #116


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