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Alone II – The Home Recordings Of Rivers Cuomo de Rivers Cuomo

chronique d'album
C’est très simple, tout est sur son iTunes : des centaines de maquettes, classées selon une dizaine de critères, avec moult annotations et commentaires. Ensuite, pour faire un disque, il n’y a plus qu’à faire bosser le moteur de recherche, à piocher et assembler les pièces du puzzle. Un coup, c’est pas mal (Alone, 2007), et l’autre, c’est de la bombe : Alone II a des allures de classique alternatif dans la discographie monstrueuse de Rivers Cuomo, comme un concentré de Weezer, paradoxalement bien plus cohérent que l’album rouge, alors même qu’il compile des morceaux dont l’enregistrement s’étale sur près de quinze ans.

Premier constat : les voies de Cuomo sont impénétrables et le petit manitou désormais moustachu n’est pas le meilleur juge de son propre travail. En effet, comment peut-on laisser de côté des chansons aussi parfaites que My Brain Is Working Overtime, I Was Scared ou The Prettiest Girl In The Whole Wide World, quintessence de la pop à guitare ? Elles ont mieux à faire que d’encombrer la mémoire d’un ordinateur. Cette formidable compilation en forme de malle aux trésors permet également de reconstituer les influences de Rivers Cuomo et d’apprécier un impressionnant sens de la synthèse. La première branche de l’arbre Weezer est le rock américain abrasif incarné par Sonic Youth, Nirvana et Pixies : les puissantes I Was Scared ou Paper Face restituent beaucoup de cette fureur étranglée.

La deuxième branche est une planche de surf. Rivers raconte dans le plantureux livret comment il a découvert The Beach Boys et à quel point cela a influencé son goût puis son écriture. Sa reprise de Don’t Worry Baby (officiellement la plus belle chanson de Brian Wilson) est une merveille. La troisième branche est plus étonnante, mais son influence persiste depuis plus de dix ans : le compositeur de Weezer est un peu obsédé par l’opéra. On sait que Pinkerton (1996) doit son titre et ses thématiques à Puccini et sa Madame Butterfly. On entend ici trois courtes pièces étonnantes (Oh Jonas, Please Remember et Come To My Pod) où les voix semblent parfois se répondre comme dans un opéra, sans toutefois sonner comme Queen.

Et puis, il y a sur Alone II des chansons incroyables qui ne ressemblent à pas grand-chose, sinon à l’émanation d’un cerveau génial : The Purification Of Water, sous un orgue et des guitares menaçantes, ou l’imparable Can’t Stop Partying, collaboration avec le producteur de hip hio Jermaine Dupri. Tout ça est bien beau, mais on n’a rien dit de l’inénarrable photographie qui orne la pochette du disque. Oui, c’est une forêt de cheveux éclairée comme une nymphette de David Hamilton, ode poétique au hard rock des années 80.

Bien, maintenant retournez le disque : surprise ! Rivers Cuomo est blonde !

Vincent Théval
MAGIC RPM  #127


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