Deuxième album successif à rendre compte du rapport maladif qu'entretiennent les têtes pensantes de "rinôçérôse" avec leur musique, Schizophonia confirme les craintes suscitées par son prédécesseur, l'inégal Music Kills Me. Car s'il était déjà question de schizophrénie musicale sur le parfait Installation Sonore où le collectif montpelliérain faisait se télescoper les genres avec bonheur , force est de reconnaître que toute audace a lentement disparu de sa musique. En payant, souvent maladroitement, leur tribut aux sacro-saintes icônes rock (Stones, Hendrix, Zeppelin, AC/DC...), Patou Carrié et Jean-Philippe Freu semblaient se débarrasser de leurs vieux démons, pour, du moins le croyait-on, emmener cette guitare qui les obsède tant vers d'autres rivages (voir l'inusable Mes Vacances À Rio). Mais, hélas, trois fois hélas, Schizophonia confirme cette même volonté de revisiter sa discothèque en se focalisant sur son rayonnage le plus discutable, à savoir le rock lourd... Signe de ce recentrage malheureux, une Flying V rougeoyante sur l'argumentaire de vente qui évoque malheureusement plus le lénifiant Kravitz que le fantasque premier guitariste des Cramps Bryan Gregory, dont le seul point commun avec l'ex-fiancé Paradis demeurera à jamais l'électrique Gibson. On ne peut s'empêcher de songer à Daft Punk, cet autre navire français en perdition, qui s'exhibe désormais armé de guitares double-manches (la belle analogie !). C'est peu dire que l'on préférait "rinôçérôse" en Mod obsessionnel plutôt qu'en adepte patenté du Blue Öyster Cult et de Black Sabbath. Avec, il va sans dire, tout le respect dû au groupe fondé par Ozzy Osbourne et Tommy Iommi. Autre nouveauté de taille, Schizophonia est un disque entièrement chanté, huit interprètes plus ou moins (re)connus se succédant au chevet des dix compositions. Très loin des castings de luxe organisés par Death In Vegas, il n'y a guère que le brillant Mark Gardener qui tire ici vaguement son épingle du jeu (Skin et Pleasure And Pain). Entre house music de supermarché et rock massif, c'est désormais tristement en rond que tournent les boucles convenues d'une formation que l'on a jadis passionnément aimée pour son éclectisme inspiré. Bref, un truc à vous rendre malade...