Ce premier volume des oeuvres d'un jeune Californien moustachu ne manquant ni d'imagination ni d'ambition rassemble en réalité ses deux premiers efforts solitaires et confidentiels pour entrouvrir les portes de l'Olympe où résident les Dieux fantasques de la scène musicale angelenos de la fin des années 1960. Le premier d'entre eux, The Novelist, s'inscrit dans une tradition archaïsante et éclectique à la Van Dyke Parks ou à la Randy Newman. En un cycle de chansons de quelques dizaines de minutes à peine, Swift y balaie tout le spectre traditionnel de la musique populaire américaine, du cabaret au swing, et parvient, d'emblée, à inscrire une oeuvre déjà très personnelle dans cette histoire centenaire. Mais c'est bien la deuxième partie de ce bilan compilatoire, judicieusement intitulée Walking Without Effort, qui contient les promesses les plus magnifiques. Avec une grâce et un naturel qui sont l'apanage des grands artistes, Swift y déploie une poignée de compositions splendides et tourneboulantes, tel ce Losing Sleep pour lequel on se relèverait cent fois au beau milieu de la nuit. Ces neuf compositions au piano, délicatement ornées de cuivres discrets, s'affranchissent de toute référence trop accablante au passé pour laisser place à une écriture d'une fraîcheur ravissante. Attention au prochain volume : Swift pourrait bien vite y griller sur le fil la plupart de ses jeunes concurrents, Sufjan Stevens compris, pour le titre de songwriter le plus prolifique et le plus doué du nouveau millénaire.