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Qu'attendre d'un homme au passé si chargé ? Ancien membre des peu mémorables Longpigs, musicien de sessions depuis l'âge de quatorze ans, repéré, sur scène ou en studio, en compagnie de Pulp, Finley Quaye ou des All Saints, Richard Hawley est de ces artistes dont on n'attend pas grand-chose. Un CV de champion de la virtuosité technique qui le rend, a priori, peu apte à postuler au statut d'auteur à part entière. Eut-il vécu en Californie plutôt qu'à Sheffield, Richard Hawley aurait sans doute vieilli bedonnant, bronzé et le nez plein au bord d'une piscine en forme de guitare. On ne sait pas très bien ce qu'il a pu retenir de cette carrière passée, si ce n'est qu'il souhaitait visiblement faire de cette première oeuvre publiée à son compte un point de rupture avec toutes les expériences évoquées. La réussite est totale tant ces sept titres recèlent de beautés tranquilles. Un disque rare. L'un de ceux que l'on commence à écouter sans y prendre garde. Et dont on s'aperçoit, au bout de trois morceaux, qu'il est parvenu à figer le temps, à détourner le cours des tâches quotidiennes pour mieux obtenir toute l'attention qui lui est due. Quoi qu'on fasse, on s'arrête pour savourer ces six ballades splendides entrecoupées d'une pause instrumentale, pour apprécier les nuances de cette voix vibrante et profonde, vieillie en fût de chêne jusqu'à pleine maturité. Un organe étonnant qui donne l'impression d'avoir vécu quelques siècles de plus que le gringalet à lunettes qui le possède. Sur ce premier essai, auquel on ne peut reprocher que sa brièveté, Richard Hawley parvient donc à côtoyer sans ridicule les grands troubadours à voix, de Tim Hardin à Elvis Costello. À l'avenir, on ne regardera plus du même oeil les requins de studio.
Matthieu Grunfeld
MAGIC RPM  #51
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