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Late Night Final de Richard Hawley

chronique d'album
Cela ressemble à s'y méprendre à un scénario de film. Deux adolescents un peu gauches grandissent ensemble dans les brumes ouvrières du Nord de l'Angleterre, animés d'une même passion pour la musique. Et puis, leurs destins divergent. Très tôt, le grand échalas qui travaille à la poissonnerie du coin rêve de devenir une pop star et finit, après quelques années de galère, par se réinventer en improbable sex symbol tout en continuant à laisser percer toujours un peu de son mal-être sous les paillettes. Tout le monde connaît aujourd'hui Jarvis Cocker. Son vieux copain binoclard, lui, s'arrange pour ne pas renier ses origines et devient d'abord ouvrier du rock, besognant ses arpèges derrière des groupes moins doués que lui avant de percer timidement, sur le tard. Richard Hawley aura donc dû patienter trente cinq ans avant d'éclore aux yeux du monde, dans la discrétion et l'excellence. Mais le jeu en valait bien la chandelle. Late Night Final fait bien plus que tenir les promesses printanières formulées par un récent mini-album déjà remarquable. Oubliez tout de la tripotée de songwriters tristounets qui déferlent en provenance du Royaume-Uni depuis quelques mois. N'écoutez plus ceux qui prétendent que l'événement en matière d'écriture se trouve cet automne du côté de chez Leonard Cohen ou Bob Dylan. Ne perdez plus un instant à vous lamenter sur la récente disparition de Fred Neil. Richard Hawley est arrivé. Doté d'une voix plus sinatresque que jamais, immergé dans la trivialité du quotidien, comme sur cette pochette qui le saisit accoudé au comptoir de son rade favori, il parvient à onze reprises à sortir la chanson qui annihile en quelques minutes toute velléité de concurrence, toute tentation de comparaison. Que Hawley entame ensuite une carrière internationale, comme ses amis de Pulp, ou qu'il reste pour l'éternité planté dans les bars de Sheffield n'a, pour le moment, que peu d'importance. À lui seul, Late Night Final fait partie de ces albums qui justifient une vie.
Matthieu Grunfeld
MAGIC RPM  #56
article extrait de :
MAGIC RPM #56 Commander ce numéro


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