La grande classe. Sur son nouvel album, Richard Hawley a invité des fantômes aussi élégants que Dean Martin, Johnny Cash ou Roy Orbison à interpréter ses plus belles chansons. C'est probablement la raison pour laquelle la voix est différente sur presque chaque morceau, parfois veloutée, parfois poussiéreuse. Sans âge mais pas sans histoire, elle habite un disque secret et magnifique. Coles Corner est l'oeuvre d'un crooner ombrageux, mais malgré tout britannique, qui a tout compris à la musique américaine. "À chaque fois que je me concentrais sur l'aspect instrumental, je me souvenais du Sun Studio. Un micro, une guitare et le tour était joué", confie très humblement Hawley. De fait, certaines pépites semblent provenir directement de 1954 et ont été enregistrées en une seule prise : Wading Through The Water, ballade faussement nonchalante pour deux guitares, hommage lumineux au grand Cash; Whose Going To Shoe Your Pretty Little Feet, guitare chatouillée et voix sépulcrale à la croisée des chemins, entre country et rock'n'roll décharné. Mais il y a aussi des lumières tamisées, une touche de sophistication et pas mal de romantisme dans les violons, la contrebasse, le piano et la guitare acoustique qui habillent délicatement Coles Corner, le sublime morceau éponyme. On y voit Richard promener sa mélancolie dans les rues de Sheffield: "I'm going downtown where there's music/I'm going where voices fill the air/Maybe there's someone waiting for me/With a smile and a flower in her hair". Sans fleur dans les cheveux, sans maquillage, chaque chanson déploie une séduction subtile et puissante. Inutile d'imaginer résister à The Ocean ou Born Under A Bad Sign et ses entrelacs de guitare et glockenspiel. C'est à peine croyable, mais pour la troisième fois en quatre ans, Richard Hawley sort son "meilleur album à ce jour".