Comme le titre de cet album le rappelle judicieusement, Ray Davies est avant tout rentré dans l'histoire de la pop pour avoir dépeint, mieux que quiconque en son temps, "la vie des autres gens", adoptant bien souvent le point de vue d'un observateur attendri et narquois de la réalité britannique, figeant à travers une galerie de portraits et de saynètes aigres-douces, une Angleterre déjà sur le point de disparaître, et inventant ainsi ce sentiment de nostalgie instantanée que cultivent depuis tant de disciples que l'on ne s'acharnera pas à énumérer. Sans doute sont-ils trop nombreux à avoir, depuis, égalé puis dépassé le maître pour que l'on puisse éprouver quelque intérêt à l'écoute de ces nouveaux titres, les premiers, pourtant, depuis plus de dix ans. Ses méditations autour de la médiocrité quotidienne des couples modernes et des classes moyennes, autrefois si brillamment envoyées, tombent désormais à plat. Pis ! Cet ancien orfèvre de la mélodie semble tout engoncé dans des chansons grassouillettes et paresseuses, semblable à un vieux mod tentant vainement de tasser ses bourrelets dans son antique Ben Sherman taille 38, tout juste ressorti de la naphtaline. Bref, et sans rien retirer à l'estime qu'on lui porte, Davies semble avoir oublié que pour avoir des choses pertinentes à dire sur "la vie des gens", il convient sans doute de les côtoyer de manière un peu plus directe qu'il n'a eu l'occasion de le faire récemment, depuis sa retraite américaine. Résultat : il y a aujourd'hui plus de vie et de réalité dans les chansons de Kaiser Chiefs que dans toutes ces vignettes à la limite de l'autoparodie.