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Lp 3
archive mag juillet 2008
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En une demi-décennie et deux albums ponctués de remixes balancés comme
des sommations, Ratatat a commis un hold-up retentissant sur un fantasme de
producteur : coincer Slash, Timbaland et Daft Punk dans un ascenseur. Et les
détrousser. Les poches pleines et fatigué de ses propres expériences, ou
conscient que son talent n’est plus à démontrer, Ratatat privilégie aujourd’hui
la modestie de l’intitulé (Lp3), la
simplicité du live et la concision des morceaux. On retrouve une griffe
reconnaissable entre mille : les spirales de guitares slide et la voix
artificielle de Falcon Jab, les
instrumentaux hip hop bardés d’effets arabisant pour lesquelles n’importe quel
rappeur vendrait sa mère (Shempi) ou
les soli de Mirando (livré en pâture
à Animal Collective), sont le pur produit de la science des deux New-Yorkais.
Évidemment, après deux coups de feu éclatants, la surprise ne pouvait plus être
au rendez-vous. Et pourtant. Éminemment moderne mais rangé du côté des Classics (2006) en une jolie pirouette,
Ratatat s’approprie désormais l’esthétique steampunk, ce genre chronique où un
XIXe siècle imaginaire regorge d’une technologie (à vapeur) de
pointe. Car ici, la recherche sonore explore d’autres voies. Cloîtré pendant
quelques semaines dans un studio de Big Apple aux allures de Cash Converter, le duo mutique a utilisé
clavecins et instruments vintage et s’attaque à de nouveaux territoires,
empruntant bribes et signes à des genres jusqu’ici épargnés, pour mieux les
détourner : l’interlude reggae (Flynn’)
et le R&B Bollywood lacéré d’un solo héroïque (Mumtaz Kahn) sont de courtes réussites qui ouvrent de nouvelles
perspectives. Mi Viejo, travail
remarquable sur les percussions et les guitares acoustiques, nous plongent en
pleine forêt amazonienne. Le tour de force sans doute crémeux Bruleé (sic), ritournelle bâtie sur un
piano hérité du triumvirat Holland-Dozier-Holland. Enfin, Lp3 s’achève sur une paire de titres indissociables, Gipsy Threat et Black Heroes, puisant chacun différents éléments (ici un synthé, là
une basse sunshine pop) au fabuleux et conclusif Ohm Sweet Ohm de Kraftwerk (Radio-Activity,
1975). Ces allers-retours historiques (au passage, la face B du roboratif
single Schiller serait un titre du
quatrième album à venir) sont autant de percées dévastatrices vers des ailleurs
prometteurs. Mais point de dispersion : la cohésion est assurée par des
gimmicks que l’on retrouve d’un titre à l’autre, dont le fameux clavecin qui
repousse les barrières du rétrofuturisme, rend impossible un datage précis de
l’œuvre et promet de jolies déconvenues aux futurs archéologues musicaux.
Thibaut Allemand
article extrait de :
MAGIC RPM #122
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