Cela fait
bien longtemps que Randy Newman mène de front deux carrières : l’une
d’auteur-compositeur-interprète qui lui a assuré depuis longtemps une place de
choix dans l’histoire du rock ; l’autre de compositeur de musiques de
films, comme l’était son oncle Alfred Newman au temps de l’âge d’or
d’Hollywood. Le pianiste binoclard et sarcastique a privilégié cette deuxième
activité depuis la sortie de son dernier album, Bad Love (1999). Autant dire qu’en neuf ans, l’homme a eu le temps
de ruminer bien des choses et qu’il a deux ou trois trucs à dire. C’est ce qui
saute aux oreilles à l’écoute de ce formidable Harps And Angels : que de mots !
L’Américain a toujours été très bavard, mais son débit est ici stupéfiant, assuré d’une voix qui a gagné en épaisseur, toujours aussi éraillée, pincée et narquoise. Commentaires acides sur ses contemporains (Piece Of The Pie), considérations sur le système éducatif américain (Korean Parents), histoire déchirante d’un couple qui est sorti vivant des camps pendant la seconde Guerre mondiale, mais n’imagine pas survivre à la perte d’un fils (Losing You) : la plume de Newman nous emmène là où bon lui semble, avec une faconde, une précision, un sens de la formule irrésistibles. On ne va faire le kakou toutefois : notre niveau d’anglais est légèrement insuffisant pour saisir pleinement les méandres de cette écriture.
Mais l’interprète Randy Newman se charge de nous aider, modulant sa voix, soignant la moindre inflexion, signalant subtilement la drôlerie ou la méchanceté d’une phrase. Les non-anglophones peuvent aussi se concentrer sur la musique, qui est somptueuse. Épaulé par Mitchell Froom et Lenny Waronker à la production, le pianiste s’inspire du jazz enlevé et généreux joué dans la Nouvelle-Orléans de son enfance. Fidèle au format de la chanson (l’album dure trente-quatre minutes), Randy Newman a peaufiné des arrangements de toute beauté (piano, cordes baroques, cuivres, clarinette, chœurs) qui renvoient à l’essence même de la musique américaine du XXe siècle : jazz, comédies musicales et musiques de film.
L’Américain a toujours été très bavard, mais son débit est ici stupéfiant, assuré d’une voix qui a gagné en épaisseur, toujours aussi éraillée, pincée et narquoise. Commentaires acides sur ses contemporains (Piece Of The Pie), considérations sur le système éducatif américain (Korean Parents), histoire déchirante d’un couple qui est sorti vivant des camps pendant la seconde Guerre mondiale, mais n’imagine pas survivre à la perte d’un fils (Losing You) : la plume de Newman nous emmène là où bon lui semble, avec une faconde, une précision, un sens de la formule irrésistibles. On ne va faire le kakou toutefois : notre niveau d’anglais est légèrement insuffisant pour saisir pleinement les méandres de cette écriture.
Mais l’interprète Randy Newman se charge de nous aider, modulant sa voix, soignant la moindre inflexion, signalant subtilement la drôlerie ou la méchanceté d’une phrase. Les non-anglophones peuvent aussi se concentrer sur la musique, qui est somptueuse. Épaulé par Mitchell Froom et Lenny Waronker à la production, le pianiste s’inspire du jazz enlevé et généreux joué dans la Nouvelle-Orléans de son enfance. Fidèle au format de la chanson (l’album dure trente-quatre minutes), Randy Newman a peaufiné des arrangements de toute beauté (piano, cordes baroques, cuivres, clarinette, chœurs) qui renvoient à l’essence même de la musique américaine du XXe siècle : jazz, comédies musicales et musiques de film.