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Northern Sulphuric Soul

archive mag novembre 1998
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Cela faisait bien longtemps qu'un disque essentiel ne nous était pas parvenu de Manchester, une ville où le hip hop a vite fait son trou. Mais c'est plutôt de la part d'un Mr Scruff que le choc était attendu. Non pas que Rae & Christian soient des inconnus : depuis leurs débuts sur Frying The Fat, la compilation de présentation de leur label Grand Central, en passant par un second volume Central Heating, la qualité a toujours été au rendez-vous. La grande force du duo, au-delà de leur statut de véritables instrumentistes, c'est leur talent de producteurs. En ce sens, Mark Rae et Steve Christian ressemblent à un autre couple uni pour le meilleur du son, celui d'UNKLE. Difficile de savoir qui, de Steve ou Mark, est l'homme au cigare et qui joue les producteurs exécutifs, les mains dans le vinyle à la recherche des meilleurs samples, mais une certitude, celle d'avoir affaire à l'antithèse d'UNKLE. Là où les enfants du hip hop Dj Shadow et James Lavelle se déguisaient en explorateurs avant de partir à la conquête de glaciers particulièrement exotiques pour le Californien, il s'agit en l'occurrence pour deux "northerners" au teint aussi laiteux que celui de leurs condisciples pop de partir à la rencontre de cet éternel fantasme soul ici incarné par leur chanteuse Veba, sorte de Shara Nelson un peu mieux nourrie. La comparaison avec la voix historique de Unfinished Sympathy n'est pas innocente, tant cet album reprend (Divine Sounds, Swan Song) les choses là où Massive Attack les avait laissées après Blue Lines. Pour en finir avec toute tentation de retraite au fond d'une Mezzanine new wave, cette énième réincarnation d'une "Northern Soul" dans la tradition des Dexy's Midnight Runners, Coldcut ou 4 Hero n'a eu recours ni à une kyrielle de superstars à titre d'invités (à moins que vous ne considériez la délicieuse Sharleen Spiteri de Texas comme telle), ni à une hype délirante. Sa sortie s'est d'abord faite en import, mais pas dans l'indifférence, grâce à un bouche à oreille des plus flatteurs. Encore une fois, des Anglais se sont emparés d'une musique américaine pour en livrer leur propre version. Cette fois, c'est au tour du r&b, pas celui de grand-papa, mais celui popularisé par... TLC. Le hip hop proposé par Rae & Christian est donc singulièrement doux sans jamais tomber dans la mièvrerie, sauf peut-être sur All I Ask à titre d'exception qui confirme la règle. La qualité des invités y est pour beaucoup puisque, de Jeru The Damaja aux Jungle Brothers, du moins connu YZ, un New-Yorkais repéré à la fin des années 80 sur le label Sub City, aux encore plus anciens QBall & Curt Cazal, chacun d'entre eux se met au service de morceaux dont les samples constituent à eux seuls la preuve de l'ouverture d'esprit de nos nouveaux amis mancuniens. Passent à la moulinette... Robert Palmer, Hubert Laws, Gerry Mulligan, Country Joe MacDonald, de quoi vous changer des samples Simple & Funky habituels. Mais c'est bien celui des pourtant guère recherchés Blood, Sweat & Tears qui sert de trame à Hush, où Sharleen Spiteri renouvelle le genre de la "blue-eyed soul" le temps d'un morceau d'anthologie à la croisée de n'importe quel classique de John Barry et du Long Hot Summer du Style Council. En pareil moment, l'association Rae & Christian défie les lois de la gravité et des genres. La Parisienne d'adoption Sharleen avait déjà été invitée à chanter Good Advice sur Central Heating pour un résultat identique. Du coup, c'est bien simple, il nous tarde que Paris, Texas se transforme en Manchester, Texas.

Nicolas Plommée

magazine num 24 article extrait de :
MAGIC RPM #24


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