Oxford, avril 2003. C'est un Thom Yorke souriant et détendu qui disséquait les arcanes de Hail To The Thief. Bienvenu dans les secrets de Radiohead
Interview Christophe Basterra, in hors-série Radiohead
Vous aviez laissé entendre que Hail To The Thief serait un album plus évident que ses prédécesseurs : au final, ce n’est qu’en partie vraie, non ?
(Rires.) Je suppose que tu as raison… Mais sincèrement, je le trouve quand même bien plus direct, bien plus pop. (Sourire.) Il est très cohérent également. Mais je pense aussi que nous voulions continuer à suivre certaines directions que nous avions empruntées sur Kid A et Amnesiac. Nous maîtrisons mieux certaines choses d’un point de vue technologique, nous avons plus confiance en nos possibilités respectives. Ce n’est effectivement pas à proprement parler un disque rock, comme l’ont laissées supposer certaines choses qu’on a pu lire à droite, à gauche. (Sourire.) C’est d’ailleurs devenu une blague récurrente entre nous : “Ok, les gars, c’est décidé : le prochain album sera un disque de guitares”.
À l’écoute du disque, on a l’impression que ce pourrait une sorte de best of… du groupe, tant on y retrouve les différentes directions que vous avez suivies depuis vos débuts.
Hum… C’est un point de vue intéressant. Entre nous, nous avons envisagé cet album comme une célébration. Personnellement, cette fois-ci, je n’avais pas en tête un axe particulier, comme ça avait pu être le cas sur les deux disques précédents. Je souhaitais juste qu’on laisse la porte ouverte à toutes les idées qui nous passaient par la tête, sans restriction aucune. Pour résumer, je ne voulais pas suivre de direction précise et j’avais envie de savoir ce que les autres avaient comme désirs. J’ai sans doute été moins directif. Et ton impression vient sans doute du fait que Hail To The Thief reflète ainsi plus les envies de chacun… En revanche, on avait tous la même volonté, celle d’enregistrer très vite, ensemble dans la même pièce. On a essayé de ne pas analyser ce que nous étions en train de faire. En tout cas, on s’efforçait tous de ne pas le faire, on s’entraidait presque mutuellement… (Sourire.) On a vraiment essayé de capturer un moment, comme ça, sur le vif.
Même pour les textes ?
Oui, complètement. À un moment, en particulier après les événements du 11 septembre, je passais mon temps à écouter la radio, des émissions politiques, des débats. Et chaque fois que j’entendais un mot ou une phrase qui m’intéressaient, je les notais. Ce qui me guidait, c’était la sonorité et non la signification, d’autant plus que je les avais retirés complètement de leur contexte originel… Et je me suis retrouvé avec cette immense liste de phrases abstraites.
Vous avez utilisé une technique proche du cut-up ?
Pas vraiment, même si ça a pu arriver sur certains textes. Car je ne cherchais pas à donner un sens aux paroles, c’était vraiment une compilation. Encore une fois, je ne voulais pas analyser ce que j’écrivais… (Sourire.) Maintenant, quand je les relis à tête reposée, je suis le premier surpris de l’image que la plupart dégagent, celle d’une incroyable colère… C’en est presque effrayant parfois. (Sourire.) Mais il n’y avait aucune intention délibérée, il n’y avait aucune velléité politique… Même si je comprends très bien que certains textes, aujourd’hui, puissent être interprétés comme ça.
Vous laissiez entendre tout à l’heure que vous avez accordé plus de liberté aux autres…
Oh, oui… (Sourire.) Car nous avons passé beaucoup plus de temps ensemble, enfermés dans la même pièce. En fait, Ed a eu ce projet un peu dingue d’organiser l’été dernier une mini-tournée pour jouer les nouveaux titres live, alors, il fallait bien les répéter. (Rires.) Mais je dois reconnaître aujourd’hui que c’était vraiment une idée géniale. Elle nous a aidés à tendre tous vers un même résultat. Ça nous a permis de ne pas gamberger, de ne pas nous poser tout un tas de questions idiotes sur telle ou telle chanson. Il faut savoir que, quand tu fais de la musique, tu échoues 90 % du temps, tu n’arrives pas au résultat que tu souhaitais. Mais ce sont ces échecs qui te permettent ensuite de franchir une étape, de mieux concrétiser tes volontés artistiques. En fait, c’est à l’opposé de tout ce qu’on t’inculque quand tu es gamin. (Il prend une voix professorale.) “Dans la vie, il ne faut penser qu’à réussir”. (Sourire.)
Vous avez dû apprendre à échouer ?
Oui, en quelque sorte… Non, c’est même exactement ça. Surtout en musique. Je crois qu’il n’y a rien de plus horrible que d’écouter un musicien qui ne fait jamais une seule fausse note. C’est une torture d’écouter un batteur qui est toujours en rythmes ! (Rires.)
Les accidents sont importants pour la musique de Radiohead ?
J’étais vraiment dans cet état d’esprit pour Kid A et Amnesiac. Mais c’était normal : nous avancions à tâtons, nous découvrions un univers inconnu, nous construisions des choses à l’aveuglette, nous apprenions sur le tas. Pour ces deux disques, j’avais décidé qu’il nous fallait tout enregistrer : dès qu’on avait une idée, on la mettait en boîte, même si elle était ridicule. (Sourire.) En tout cas, pour revenir à la notion d’échec, il ne faut pas le faire délibérément… Ça me fait penser à Jonny : quand, en concert, il fait une erreur, il la reproduit ensuite, histoire de nous faire croire qu’il avait joué cela sciemment ! Bon, il sait très bien que nous ne sommes pas dupes, mais ça ne le dérange pas ! (Rires.)
Pour Hail To The Thief, la tournée au Portugal et en Espagne à l’été 2002 a donc été très importante ?
C’est même l’une des étapes primordiales dans la conception du disque. Nous étions partis du principe d’enregistrer les morceaux live, en un minimum de prises. On s’est même fixé de faire une chanson par jour, c’était la règle. Encore une fois, nous voulions aller vite, nous ne voulions pas nous donner la possibilité de nous retourner. Nous voulions juste continuer d’avancer, jusqu’à ce que le disque soit terminé. Dès lors, ces concerts nous ont permis de nous préparer à ça, c’était un échauffement, en quelque sorte. Et puis, je sais très bien que si nous avions enregistré certaines chansons avant de les jouer sur scène, nous nous serions tous dit : “Merde, pourquoi la version studio n’est pas aussi bien que celle que nous avons faite ce soir…” (Rires.) C’est vrai, en fait : nous sommes la plupart du temps des éternels insatisfaits… En tout cas, on ne voulait surtout pas retomber dans le “syndrome” Ok Computer : lorsque je repense au temps passé sur certains titres, ça me fait froid dans le dos. (Sourire.)
L’un des éléments impressionnants sur le nouvel album, c’est la confiance qui se dégage de votre chant.
(Sourire.) Déjà, je crois que je me suis remis à chanter sur ce disque… Tout simplement. Je me suis rappelé que j’étais entre autres là pour ça. (Rires.) J’ai arrêté de me demander pourquoi c’était moi qui me retrouvais derrière le micro. Et la naissance de mon fils n’est pas étrangère à ça. (Sourire.) Je ne veux pas paraître chiant ou pontifiant, parler d’âge adulte comme le font bon nombre de musiciens à un moment donné, mais c’est vrai que cet événement personnel m’a fait prendre conscience qu’il fallait que j’arrête de me prendre la tête sur tout ce que l’on faisait avec Radiohead, tout ce qui en découlait, comment nous étions perçus ou disséqués. Disons que tu relativises certaines choses quand tu t’occupes d’un enfant… (Sourire.)
Cette confiance retrouvée, vous l’avez transmise aux autres ?
Peut-être… (Sourire.) Je ne sais pas. (Il fait une pause.) Là, nous sommes en pleine confiance, comme rarement nous l’avons été depuis les débuts du groupe, mais je suis intimement persuadé que dans six mois, à la fin de la tournée, nous serons dans un tout autre état d’esprit. Mai bon, ce n’est peut-être pas la peine d’y penser.
Justement, cette succession de moments de doutes et de confiance n’est elle pas l’une des forces du groupe ?
(Immédiatement.) Oui. Il n’y a aucun doute possible là-dessus. Les deux albums précédents n’auraient jamais existé si nous n’avions pas perdu, et moi en particulier, foi envers tout ce que nous avions pu faire auparavant.
Aujourd’hui, vous percevez le diptyque Kid A/Amnesiac comme une thérapie qui a permis à Radiohead de poursuivre son chemin ?
(Il réfléchit.) La thérapie fonctionne si tu parviens à réaliser ce que tu as vraiment en tête. À ce titre, un morceau comme Everythings In Its Right Place a eu une importance primordiale. Lorsqu’on a enfin matérialisé la direction que l’on désirait, ce fut un véritable soulagement… (Sourire.) La musique n’est pas une science. Pendant des semaines et des semaines, tu entends un son dans ta tête que tu n’arrives pas à reproduire. Ça peut être pénible. En revanche, quand tu y parviens, c’est un sentiment fantastique… D’ailleurs, je peux jurer que les meilleures choses que nous ayons faites, à chaque fois, sont celles que nous avions d’abord imaginées, celles qui existaient déjà dans nos cerveaux. En tout cas, contrairement à des idées reçues, Kid A et Amnesiac n’étaient pas simplement des exercices d’expérimentation de notre part. Ils étaient une réaction à nos précédents disques, en particulier à Ok Computer. C’est aussi pour cela que l’on retrouve certains de ces éléments dans Hail To The Thief, qui, pour le coup, est une extension logique de ce que nous avons pu faire auparavant.
Quelle est la chanson la plus ancienne sur Hail… ?
(Il réfléchit.) Wolf At The Door, il me semble. Non, celle-ci et Where I End And You Begin datent de la même époque, du début des sessions de Ok Computer. Mais elles n’avaient pas trouvé leur place à l’époque. I Will doit leur être contemporaine également, ou peu s’en faut… D’ailleurs, c’est assez étonnant parce que ce phénomène est récurrent chez nous. En fait, à une période, on travaille un morceau, mais personne ne semble sur la même longueur d’onde ou ne comprend l’idée initiale. Et puis, l’on s’en souvient quelque temps plus tard et les choses trouvent leur place, presque spontanément. C’est qui est arrivé avec The National Anthem sur Kid A, morceau que j’ai dû écrire à l’origine en… (Silence.) En 1994 ! Six ans pour terminer une chanson, c’est pas mal, non ? (Sourire.) C’est d’autant plus étonnant dans ce cas précis que nous étions en train de travailler sur un autre titre, quand Colin a trouvé cette ligne de basse, qui était en fait exactement l’élément qui nous manquait pour aller plus loin avec The National Anthem.
En Grande-Bretagne, le titre du disque est sujet à polémiques…
(Il coupe.) Aucune importance car je sais que l’on n’y pensera plus dans quelque temps, que ce sera de l’histoire ancienne. Nous, nous savons pourquoi nous l’avons choisi : il correspond tout simplement à l’origine de la musique que l’on peut entendre.
Vous vous considérez vous-mêmes comme des voleurs ?
Bien évidemment ! Tout, sur ce disque, est volé… (Sourire.) D’ailleurs, c’est ce qui fait notre plus grande faiblesse mais aussi notre plus grande force : depuis des années, nous nous retrouvons constamment influencés par telle ou telle chose… Sincèrement, ça m’énerve parfois. J’aimerais qu’on arrive au moins une fois à ne suivre qu’une seule idée pour un album entier. Ou au moins, pendant toute une chanson ! (Rires.) Mais bon, voilà, c’est ça, la pop music. (Sourire.)
La force de Radiohead serait d’être un voleur plus doué que les autres ?
Un voleur doué ? (Rires.) Oui, ça me plaît !
Et si vous vous étiez retrouvé à court d’inspiration pour ce disque, le sang de quel jeune groupe seriez-vous aller sucer ?
(Rires.) Il me faut un peu de temps pour réfléchir, là… Non, je ne vois pas. De toute façon, je préférerais m’acharner sur les anciens, il y a moins de risque de se tromper…
Pour vous, ce nouvel album est le début d’un nouveau chapitre ?
(Il réfléchit.) Je ne sais pas… Non, en fait, je le vois plus comme la fin de quelque chose. (Silence.) Mais dans un sens positif.
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Ca n'a aucun rapport avec l'interview mais je trouve que les gens qui dise que thom york est laid, trop moche, qu'il a une horrible gueule sont vraiment des gros dégueulasse voilà Bisous tout le monde ^^