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Immobiles et terrorisés comme des lapins pris dans les phares d’une voiture, Thom Yorke et les siens laissaient filtrer depuis plus de deux ans des informations peu encourageantes sur l’enregistrement de leur septième album. Sans label et probablement grisés de l’être, Radiohead semblait prisonnier d’une pression que le groupe s’imposait à lui-même, pris dans l’étau du toujours plus, toujours différent, toujours nouveau et radical. Trop de perfectionnisme et de remue-méninges pour ce qui n’est après tout qu’un disque. On ne sait pas ce qui s’est passé, comment ces verrous ont sauté, mais In Rainbows ne porte aucune trace de tout cela. Rien ici ne sent la sueur ou le souci de trop bien faire qui entoure parfois les chansons du groupe d’une couche de glace réfrigérante. L’album fait littéralement corps avec son titre : des chansons en arcs-en-ciel, éclairées par un soleil d’après orage. In Rainbows, disque lumineux, œuvre magnifique d’un groupe qui a eu l’humilité de comprendre que la simplicité pouvait aussi être neuve et radicale. Après le bouillonnement de Hail To The Thief (2003), ces dix chansons déroulent leurs beautés avec une cohérence et une fluidité stupéfiantes. Douze ans de recherches sonores s’épanouissent dans l’épure de House Of Cards ou Nude qui emplissent l’espace avec une grande économie de moyens et un incroyable sens du détail, de la note ou du son qui tombent juste. En musiciens accomplis, les cinq d’Oxford retranchent plutôt que d’ajouter. Portées par une rythmique serrée, 15 Steps, Bodysnatchers et Jigsaw Falling Into Place conjuguent précision, hargne et générosité mélodique. C’est bien cela qui séduit le plus ici, cette volonté de chérir à tout prix des mélodies qui comptent parmi les plus puissantes jamais composées par le groupe. Pas question de les parasiter, pas de raison d’en avoir honte. Pour Faust Arp, Thom Yorke pose sa voix sur les arpèges éclatants d’une simple guitare acoustique et des arrangements de cordes somptueux qui évoquent The Beatles ou Nick Drake. Weird Fishes/Arpeggi est une merveille au déroulé lancinant, à la fois répétitive et construite en un crescendo à tomber à la renverse. Largement dominé par le jeu de guitare de Johnny Greenwood, un grand homme qui fait flotter les notes en apesanteur et les assemble en petites guirlandes lumineuses, In Rainbows est peut-être tout simplement le plus beau disque de Radiohead. Les histoires et légendes populaires ont toujours assuré qu’au pied de l’arc-en-ciel se trouvait un pot rempli de pièces d’or. Les histoires avaient tout faux, il s’agissait en réalité de chansons.
Vincent Théval
MAGIC RPM  #116


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JJER - 23/02/2011 14:19
Quelle superbe chronique très cher ! Voilà ce que j'aime chez le journaliste, son optimisme, son envie de comprendre l'oeuvre sans à priori. Soyez aussi juste pour les albums que vous appréciez que pour ceux que vous n'aimez pas, fussent-ils de Radiohead !
Leugarys - 21/11/2009 18:44
Vincent Théval je vous aime. Vous écrivez tout ce que je pense, constate, analyse et RESSENT à la virgule près sur Radiohead. Avec de vrais mots dedans et pas de simple exclamations ou comparaisons à d'autres artistes. Il faut dire que la musique du quintet s'impose de façon tellement physique (espace, temps, chaud, froid, distance, etc.) qu'il faudrait vraiment être un manche de la plume pour manquer ça. Vous le faites néanmoins avec talent et n’avez pas manqué tous les aspects émotionnels du groupe, si réels et pourtant si durs à décrire. C’est là où donc, je vous aime.

Je me permettrai juste cette remarque : D’une certaine façon c’est peut-être le premier album joyeux du groupe et ça reste pourtant toujours du Radiohead. J’étais terrifié à l’idée qu’un jour ils puissent tenter de changer de la noirceur pour nous commettre un album mièvre. Mais non, ces démons nous feraient même pleurer de joie.