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Hail To The Thief de Radiohead

chronique d'album
Radiohead apparaissait déjà clairement comme un messie aux yeux de ses imperturbables fidèles. Ah, Radiohead, ce sauveur du rock, ce pourfendeur de la société de consommation, dont l'archange Thom Yorke est l'étrange porte-voix et Ok Computer, le message évangélique. Mais voilà. Le quintette prétend avoir accompli ce qui semble, à notre sens, un miracle, et au leur, un album..."heureux". Pince-moi, je rêve. À l'écoute de Hail To The Thief, on mesure toute l'emphase apportée au mot "heureux". Car hormis quelques scintillants éclairs d'optimisme, quelques notes de, hum, joie parsemées ici et là, le superbe Sail To The Moon en tête, ce disque s'avère totalement désespéré, à l'image d'un monde en délabrement avancé des corps et des esprits. Un monde peuplé de vampires (We Suck Young Blood), d'ogres (Where I End And You Begin), de croque-mitaines (Little Man Being Erased), de loups (A Wolf At The Door), dangereux messagers de ce crépuscule des Dieux annoncé dès le sous-titre de Hail To The Thief (The Gloaming). L'Apocalypse selon Saint-Thom approche, et il entend bien pénétrer dans la bouche de l'Enfer pour le dynamiter de l'intérieur. Forcément, regarder le diable dans les yeux n'est peut-être pas l'activité préférée de tout un chacun, mais de cette expérience résulte un disque fort et courageux. Pourtant bien plus accessible que ses deux prédécesseurs dans sa forme immédiate, il se laisse mal approcher avant plusieurs écoutes, absolument nécessaires afin de dépasser le côté atonal de certains morceaux. Pour trouver la clef de ce sixième Lp, peut-être faudra-t-il suivre ce piano louvoyant entre les meilleurs moments, façon ritournelle (A Punchup At A Wedding), numéro de cabaret (We Suck Young Blood), ou ballade rêveuse (Sail To The Moon), tandis que la combinaison guitares-programmations se plaît à semer vraies (extralucide 2 + 2 = 5) et fausses (épuisant Backdrifts) pistes. Épique, torturé, Hail To The Thief enfonce parfois le clou de thèmes musicaux ou textuels chers au groupe, mais, à l'instar des Beatles, il évite toute redondance. Et se clôt sur la plus belle et inédite des notes, portée par un Thom Yorke enfin débarrassé de son falsetto, l'époustouflante et floydienne A Wolf At The Door. Certes, les chaperons d'Oxford voient rouge, mais peut-être bien qu'en tirant sur la chevillette, la bobinette de Bush cherra.
Estelle Chardac
MAGIC RPM  #72
article extrait de :
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