Peter Buck et Mike Mills n’ont jamais caché qu’ils composaient beaucoup plus vite (et donc beaucoup plus) que Michael Stipe n’écrivait ses textes et que, par conséquence, le groupe était assis sur une malle aux trésors remplie de chansons prêtes à l’emploi. Sans compter les innombrables raretés et chutes de studio qui hantent les nuits du collectionneur monomaniaque. Pour preuve, R.E.M. avait agrémenté sa compilation In Time (2003) d’un vieux morceau dépoussiéré et réenregistré, l’énergique et stimulant Bad Day. À l’heure du quatorzième album, on soupçonne nos Athéniens préférés d’avoir farfouillé en loucedé dans le vieux stock de chansons congelées depuis la fin des années 80. Comment expliquer autrement cette méchante impression laissée par Accelerate d’un groupe qui tourne en rond et se cite lui-même ? Sous couvert d’un retour aux guitares juvéniles et tranchantes de Document (1987) ou Green (1988), les Américains bâclent en moins de trois minutes des chansons anecdotiques (Horse To Water, I’m Gonna DJ, Living Well’s The Best Revenge) qui en évoquent systématiquement d’autres plus anciennes, de manière parfois troublante. Les mélodies compactes et poussives de Mr. Richards et Sing For The Submarine sont désespérantes de banalité. Même les bons morceaux ont un arrière-goût de déjà entendu, la belle et grave Until The Day Is Done et ses guitares limpides, mandoline et piano évoquant l’immense Try Not To Breathe. Ah oui, vous ne rêvez pas : il y a de la mandoline sur Accelerate et notamment sur la sombre, magnifique mais trop courte Houston. C’est l’un des bons côtés de cet exercice gentiment régressif de rétropédalage, avec le grand retour de Mike Mills aux harmonies vocales, qui offre au doublé très accrocheur Mansized Wreath et Supernatural Superserious une certaine fraîcheur revigorante. Un bilan bien maigre pour un disque bref (trente-quatre minutes, dont une bonne moitié franchement inutiles). Loupé ou réussi, chaque album de R.E.M. affichait jusqu’à présent une vraie cohérence stylistique, apportait une nouvelle pierre, même modeste, à une discographie exemplaire. Pour la première fois, le groupe livre un disque figé et sans envergure, qui nous rend pour tout dire assez triste. Tout fout le camp, on vous dit.