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On connaît les bases de la formule secrète de Josh Homme, chanteur-guitariste et âme du trio qui a poussé le stoner rock vers des directions franchement neuves depuis le début des années 2000. Voici donc la recette : un rythme très puissamment marqué, un riff de guitare obsessionnel d’une précision diabolique qui ne sonne pas comme un ordinateur, une science de la granulométrie des distorsions, d’étonnantes harmonies vocales qui peuvent revêtir une vraie douceur tout en racontant des horreurs. Et, plus difficile à mettre en œuvre, un esprit farouche et solitaire, plus rural qu’urbain qui fait de ce “desert rock” l’enfant tordu du vrai blues. Moins subtilement arrangé que son prédécesseur Lullabies To Paralyze (2005), et moins brutal que Songs For The Deaf (2001), Era Vulgaris reste un disque enthousiasmant, bourré de chansons à la joie sauvage et ponctué de quelques titres plus souples (superbe Make It With Chu, aux chœurs discoïdes). Après avoir pris goût aux collaborations les plus variées avec ses Desert Sessions, Josh Homme a invité quelques vocalistes de renom. Julian Casablancas est ainsi aux commandes du premier single Sick, Sick, Sick, et chante un peu différemment qu’avec The Strokes. Trent Reznor et le vieil habitué Mark Lanegan viennent eux aussi collaborer à cette entreprise toujours plus drôle et malade qu’elle n’en a l’air. Les morceaux Misfit Love Battery Acid et Suture Up Your Future sont aussi impressionnants que leur titre le suggère, mais Run Pig Run, malgré un riff de base aux allures de monolithe, est beaucoup plus excentrique et psychédélique qu’il n’en a l’air. Il faut un esprit sacrément torturé et une énergie vitale hors du commun pour inventer cette musique.

Philippe Richard
MAGIC RPM  #111


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