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O Soundtrack My Heart de PVT

chronique d'album
Non content de signer l’un des plus beaux albums de l’année 2008, Pivot nous met dans l’embarras lexical. Aucun superlatif n’est à même de rendre compte, ni justice, à l’œuvre de ce trio australien dont on ne sait pratiquement rien. Si ce n’est qu’il y a trois ans (soit dans une vie antérieure), la formation se composait de cinq membres et avait publié un premier album passé inaperçu, Make Me Love You (2005). De cette mouture désagrégée, ne reste que la fratrie Pike, soit Richard (guitariste, croisé chez Triosk) et Laurence (batteur), aidés de l’électronicien Dave Miller. Enregistré sous la houlette de John McEntire, O Soundtrack My Love établit le diktat de Pivot, auquel on se soumet bien volontiers, puisque rarement aura-t-on eu l’occasion d’entendre une telle maîtrise dans la relecture d’une quarantaine d’années de musiques dites exigeantes.

Cohabitent ici Throbbing Gristle et John Coltrane, Can et Black Sabbath, Autechre et Pink Floyd, autant de références écrasantes ballottées par la démarche toute personnelle de Pivot. Avec un peu de mauvaise foi, on évoquerait même une énième révolution musicale. Honnêtement, il n’en est rien. En revanche, c’est avec une maestria impressionnante que le trio d’ouvriers vrille ces grands noms devenus marques repères et les recycle dans des pièces à la beauté ahurissante. Une odyssée moderne qui débute par la fusion entre un compteur Geiger affolé et une bicyclette en vrille (October) pour s’achever en de fantomatiques synthétiseurs lunaires (My Heart Like Marching Band). Cette œuvre autiste, réalisée par des sourds-muets, distille une ligne de basse jazz dans une énigme acousmatique (Love Like I), plonge Vangelis dans un bain de guitares metal en fusion (le titre O Soundtrack My Heart, échappé de Blade Runner (1982)), avant de kidnapper Jean-Michel Jarre pour composer Fool In Rain, mélopée spatiale flottant sur un rythme krautrock, de napper la construction post-rock de Sing, You Sinners de célestes vocalises et de lier six-cordes élégiaques, numérique glitchée et de sautillantes percussions new-wave (Epsilon).


Est-il seulement possible d’extraire un morceau de l’ensemble ? Non, sans quoi l’édifice s’écroulerait. Seul Didn’t I Furious, rencontre du bruit blanc post-industriel et d’une electro dégénérée parcourue de rageuses guitares saturées, fait figure d’étalon du genre. Le voyage achevé, mieux vaut ne pas se retourner, à moins de vouloir admirer la nonchalante destruction de toutes les récentes réussites d’éminents spécialistes du mariage entre math rock et electro dissipée (de Battles à Ratatat). Finalement, le XXIe siècle fut assez court : le XXIIe vient de débuter.

Thibaut Allemand
MAGIC RPM  #123


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