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We Love Life de Pulp

chronique d'album
Drôle de destin que celui de Pulp. De ses débuts souffreteux à Sheffield, la chenille devient papillon, s'épanche sur sa frustration passée (His 'N' Hers) avant de la transcender et de se laisser séduire par la cité londonienne (Different Class). La vie de glamour auquel le groupe accède alors instantanément le gangrène et lui inspire This Is Hardcore, longue descente cocaïnée dans l'âme de Jarvis Cocker. 2001, retour à la case départ. Exit les beats disco de Separations, la noirceur de It, les chemises seventies : les jours expiatoires sont arrivés et le quintette déclare "aimer la vie". Ce qui est souvent une mauvaise nouvelle en matière de musique. Dès le très métaphysique Weeds ou l'émouvante complainte amoureuse Trees, délicatement orchestrée par Scott Walker, la supposition s'avère erronée. On croit encore à la flamboyance du groupe lors de Minnie Temperly, exercice pulpien par excellence, aux crescendos vocaux et paroles fédératrices...

Pourtant, Birds In Your Garden nous conduit à la clé du Pulp d'aujourd'hui : la mélancolie. Douce-amère et confortable, elle envoûte le groupe. La ballade à l'ancienne Bad Cover Version condense l'essence de ce désabusement et Sunrise, ovni tout en faux départ, choeurs célestes et hypnose instrumentale clôt ce nouveau départ (cette fin anticipée ?). On se demandera, ici et là, si, en épurant sa formule, Pulp a perdu de sa sève. Certains diront le groupe "fatigué". D'autres ne le reconnaîtront plus. Peu importe, We Love Life est l'album le plus sincère et subtil de sa discographie, un réveil, un regard adulte posé sur les choses de la vie. Et, comme dans la vie, il faut accepter de voir ses amis changer...
Estelle Chardac
MAGIC RPM  #55
article extrait de :
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