En kiosque actuellement Commander
Drama, Tension & Dynamics. Tel fut le credo de P.I.L., formation qui vit le jour en 1978 dans la suspicion générale et sur les cendres des Sex Pistols. Il faut bien réaliser l'immense frustration humaine, financière mais surtout artistique que John Lydon a éprouvé en tant que Johnny Rotten pour subir le premier album de Public Image. Lydon, grand fan de reggae et de krautrock devant l'éternel, va alors se débarrasser des aspirations bas du front de ses collègues mais surtout de la tutelle de l'escroc McLaren, manager pénible et envahissant. C'est dire le choc que provoquèrent le single Public Image, parfaite transition entre les deux groupes, et, surtout, ce cataclysme qu'est Theme, champ de bataille dévastateur qui ouvre le premier album, First Edition, et demeure, plus de vingt ans après, l'un des morceaux les plus traumatisants et dramatiques qui soit. Bâtie sur cette même colère sourde, cette première tentative doit énormément à la basse à la fois dub et froide de Jah Wobble et aux guitares toxiques de Keith Levene qui, dans un enchevêtrement torturé, invente les tables de la loi new wave. Si cette première saillie est présente dans son intégralité sur ce Plastic Box, on ne peut que déplorer le saucissonnage honteux dont a été victime Metal Box, l'autre grand disque de PIL. Là encore, et même si l'expérimentation est devenue plus flagrante, Lydon et sa bande mettent leurs tripes et leur coeur sur la table, comme en témoigne la déflagration hypnotique qu'est Death Disco. Ces deux disques sont les premiers pas époustouflants d'une entité qui réussit le mariage de gré ou de force entre le dub jamaïquain et Can. Flowers Of Romance tente une percée plus risquée vers l'Orient et reste plus intéressant que réussi. Hélas, la suite tournera rapidement en eau de boudin, malgré une poignée de tubes (l'irritant et formidable This Is Not A Love Song, Rise ou Seattle) et un succès croissant, notamment aux États-Unis. Pourtant, si la seconde moitié de ce coffret est plutôt dispensable, le tout s'écoute avec une certaine nostalgie et nul ne doute que la curiosité de ceux qui ont pu apprécier récemment la noirceur du Mezzanine de Massive Attack au hasard s'en trouvera piquée à juste titre.
Etienne Greib
MAGIC RPM  #29
article extrait de :
MAGIC RPM #29 Commander ce numéro


Réagissez

Votre réaction :

Votre pseudo :

Prévisualiser