Jusqu'à présent, il faut bien l'avouer, Prudence portait bien mal son nom. Depuis près de six ans, on était toujours en train de s'interroger sur les motifs qui avaient poussé Joris Clerté, ex-débutant prometteur, auteur de démos ayant suscité, en leur temps, une curiosité bienveillante, à sortir un premier album mitigé de pop mignonnette sur une major, et à se retrouver, de facto, sous la coupe d'un partenaire industriel aux attentes et aux exigences forcément décalées par rapport au potentiel commercial de chansons sympathiques mais encore pataudes. Clerté aura payé au prix fort cette imprudence inaugurale. Désormais convaincu qu'il ne pourrait exercer son modeste apostolat de bricoleur de notes en toute tranquillité que sur une structure plus sensible aux charmes atypiques de ses petits mobiles sonores, il parvient à faire le meilleur usage de cette liberté fraîchement conquise. Il en profite alors pour élaborer enfin un monde faussement naïf, vraiment original, où le dépouillement des arrangements et le recours aux motifs minimalistes d'instruments-jouets comeladesques n'altèrent jamais la richesse d'un propos dense, que l'on devine mûrement réfléchi. Avec ses mélodies et ses rythmes brisés, ses petites poésies polyglottes et souvent rigolotes, Mumsmumspossède une joie et un élan communicatifs. On s'y déguise en cow-boy (Contact Saloon), en trappeur (Chasse Gallery) ou en chanteur de variét' ritale (Lunatika), avec un sens du jeu et de l'humour bienvenu. Autrement plus efficace pour retrouver avec nostalgie son enfance trop vite évaporée qu'une soirée avec Casimir.