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Interview Primal Scream 2003
archive mag novembre 2003
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“Rien ne ressemble plus à l’histoire d’un groupe de rock que celle d’un autre groupe de rock”. Voilà ce qu’affirmait en 2003 Bobby Gillespie, leader hallucinatoire de la formation à géométrie variable qu’est Primal Scream, à l'occasion de la sortie du best of du groupe, Dirty Hits. Retour sur une éPOPée fantasmée, semée d’embûches, d’excès, de découvertes et de remises en questions. Mais toujours guidée, par la recherche et l’exécution d’un rock mutant, melting-pot d’influences digérées puis recrachées sans ambages à la figure d’une scène musicale un peu trop frileuse.
Interview Christophe Basterra, in magic #76
Cette idée de compilation, elle a dû naître il y a deux ou trois ans. Mais avant de la réaliser, je savais qu’il nous fallait enregistrer un autre album, afin d’avoir une matière suffisamment bonne pour faire un disque excitant d’un bout à l’autre… C’est-à-dire à l’exacte image de celui qui sort aujourd’hui ! (Rires.)
La sélection a-t-elle été facile à accomplir, parce que…
(Il coupe.) Tu parles, d’une facilité désarmante, mon vieux. En fait, j’ai d’abord dressé une première liste de vingt-quatre morceaux, que j’ai soumise aux autres. Ils y ont apporté quelques modifications, ajouté des titres, en ont retiré certains. On a fini par tomber d’accord sur le nombre de dix-huit chansons car on voulait que tout tienne sur un seul Cd, pour que les gens puissent écouter l’ensemble d’une seule traite. Et qu’ils soient suffisamment impressionnés pour n’avoir qu’une seule envie : l’écouter en boucle. (Sourire.)
Quand même, certains ne comprennent pas que vous ayez fait l’impasse sur les tout premiers singles, sur vos deux premiers albums, ils…
Bon, il faut que les choses soient claires : Dirty Hits, je ne l’ai pas pensé comme un disque dont le but était de retracer le parcours de Primal Scream. On s’en contrefout ! L’important, c’est qu’en 1990, nous avons sorti Loaded, le second acte de naissance du groupe en quelque sorte. Pour la première fois, on réussissait à concrétiser notre véritable ambition, on parvenait à réaliser une véritable œuvre de grande pop music. À partir de ce point de départ, l’idée était de trouver des titres qui sonnent bien les uns après les autres. Entre 1985 et 1989, Primal Scream était juste un groupe qui se cherchait…
Et tu vois ce Dirty Hits comme la meilleure introduction possible pour une personne qui ne connaît pas, ou à peine, votre musique ?
Je vais te dire un truc : gamin, les premiers 33 tours que je me suis payés, c’était Rolled Gold des Rolling Stones et Meaty Beaty Big & Bouncy des Who… Voilà comment j’ai découvert les univers de ces deux groupes fantastiques. J’adore toujours Cannibalism de Can, Singles Going Steady des Buzzcocks. Dirty Hits, ce n’est certainement pas une vulgaire opération commerciale pour ramasser des thunes et payer mes impôts. Moi, je vois ce disque comme un autre putain de grand album signé Primal Scream ! (Sourire.) Je n’en ai rien à foutre des conneries du genre “faut faire le point” ou “faut refermer ce chapitre de l’histoire du groupe”. Avant toute chose, cette compilation regroupe mes chansons préférées. Alors, oui, bien sûr, je pense que c’est une bonne introduction. C’est même un classique. Si tu veux, aujourd’hui, j’adore croire que ce groupe se situe exactement à mi-chemin entre les Stones et Can. Nous faisons de la pop music expérimentale. Nous avons une dimension commerciale, j’en suis persuadé, mais jusqu’à preuve du contraire, nous appartenons à l’underground… Et c’est cela qui nous rend complètement unique.
Tu aurais pu te douter, à vos débuts, que Primal Scream deviendrait aussi bon que tu l’affirmes aujourd’hui ?
Non, bien sûr que non ! Ce n’est même qu’au cours de ces dernières années que j’ai pris conscience de notre potentiel. En particulier grâce au fait que nous soyons devenus un sacré bon groupe de scène, avec les arrivées de Mani, de Kevin Shields. Et pourtant, si tu regardes dans le rétro, qu’est-ce que tu trouves entre 1991 et 2002, entre Screamadelica et Evil Heat ? Quatre albums inclassables, outrageusement puissants, et un à moitié raté, parce qu’il partait trop dans tous les sens, parce que nous n’étions pas dedans.
Tu regrettes Give Out But Don’t Give Up, ou autre chose, dans votre parcours ?
Non, non, absolument pas, ce serait malsain autrement ! Pour être honnête, après Give Out… et la tournée, j’étais à peu près persuadé que l’on arrêterait, que le groupe était terminé, lessivé. Allez hop, game over… Et si ça avait été le cas, là oui, je pourrais nourrir des regrets, surtout quand tu vois ce qu’on a réalisé par la suite. Mais c’est vrai que cette période, c’était du grand n’importe quoi. Maintenant, ça fait partie de la vie, ni plus ni moins. Et puis, regarde les Stones, Miles Davis, même Sly Stone : à eux aussi, ça leur est arrivé de rater des disques. C’est comme ça, tu ne peux pas toujours atteindre l’excellence. Concrètement, prenons les Stones : les mecs sortent Exile On Main Street, un truc fabuleux, puis ils arrivent avec Goats Head Soup, qui est loin d’être un chef d’œuvre. Et que dire du suivant, Black & Blue ? Une catastrophe ! Et quand tu ne t’y attends plus, ces mecs reviennent avec Some Girls, un disque génial. Quand t’es jeune, tu te crois invincible. (Sourire.) Après Give Out…, on a sombré dans le chaos total. C’est la pire période que j’ai connue. Je pensais qu’on était cuit, si on continuait ainsi. C’est bien simple, tout le monde était en mode autodestructeur. Ça relevait presque du suicide collectif. En 1995, lorsqu’on a essayé de s’attaquer à de nouveaux morceaux, c’était pathétique. Je ne sais pas ce que j’avais… Je faisais une sorte de dépression, ou un truc dans ce goût-là. En tout cas, pour la première fois de ma vie, la musique ne m’intéressait plus. J’allais laisser tomber. Et puis, Andrew Innes et Martin Duffy ont persévéré, ils ont trouvé une nouvelle façon de bosser, ils ont amorcé ce qui allait devenir Vanishing Point. Et l’envie est revenue…
Tu considères que toute cette période autour de Give Out… était en quelque sorte une étape nécessaire pour que vous puissiez repartir du bon pied ?
Je ne sais pas si c’était nécessaire… (Silence.) Tout bien réfléchi, non. On avait sorti Screamadelica, un putain d’OVNI, qui ne ressemblait à rien de connu à l’époque. On était devenu unique, et puis, tout est parti en couilles. On a été touché par le syndrome Stone Roses : trois ou quatre ans pour faire un disque qui n’était pas si bien que ça. Mais en fait, je ne pense jamais à ce genre de choses, je n’analyse pas les événements passés. C’est simplement parce que tu me poses ces questions que j’y repense. Ce n’est plus un problème pour moi.
Tu as des titres favoris sur Dirty Hits ?
En fait, j’ai redécouvert des trucs, comme Come Together. Rocks est vraiment chouette, efficace, Burning Wheel, Kowalski… Il y a certains morceaux que je n’avais plus réécoutés depuis la sortie des albums, et j’avais oublié qu’ils étaient aussi forts. Je suis vraiment fier de Deep Hit Of The Morning Sun, la première chanson de Evil Heat ! Personne ne fait de la musique comme ça aujourd’hui… De toute façon, je crois que je suis le fan numéro 1 de ce groupe. (Rires.)
Vous avez choisi d’enregistrer une nouvelle version de la reprise de Lee Hazlewood et Nancy Sinatra, Some Velvet Morning.
Pour une raison toute simple : on voulait vraiment en faire un single pop ! Et c’est ce qu’on a réussi. Sur Evil Heat, le mix d’Andy Weatherall était vraiment bien, mais trop underground. Avec Kate Moss à nos côtés, on avait envie d’un truc à la Gainsbourg, pervers mais en même temps lumineux… Tu vois ce que je veux dire ? (Sourire.) En tout cas, pour la vidéo, on n’a pas lésiné sur les moyens puisqu’on a bossé avec le mec qui a réalisé le Can’t Get You Out Of My Head de Kylie. D’ailleurs, tu verras, ce clip est aussi un hommage à Serge.
Parallèlement à la compilation, il y a une biographie qui voit le jour également…
Yeap, je suis au courant mais sache que nous n’avons strictement rien à voir avec, même si c’est un ami, Kris Needs, qui l’a écrite. Sincèrement, moi-même, je n’ai pas envie de me fader un bouquin sur Primal Scream. Alors, je ne vois pas qui ça peut intéresser ! (Sourire.) Je suppose que Kris avait besoin de se faire de l’argent de poche. À la limite si Lester Bangs était encore en vie et nous le proposait, on se laisserait tenter… Ou si l’idée venait d’un mec comme Nick Kent. Mais bon, rien ne ressemble plus à l’histoire d’un groupe de rock que celle d’un autre groupe de rock. (Rires.) Tu en as entendu une, tu les connais toutes. Et c’est même valable pour Throbbing Gristle !
Aujourd’hui, tu pourrais imaginer Primal Scream dans une autre formation ?
En tout cas, je ne crois pas que nous puissions être meilleurs. À moins que Miles Davis ne se joigne à nous… Ou Sly Stone ! (Rires.) Je pourrais lui laisser ma place, je n’ai pas l’ego démesuré dont les chanteurs font preuve en général. Si le morceau en a besoin, je préfère m’effacer. Mais si quelqu’un devait partir, ça n’arrêterait pas la marche avant du groupe. De toute façon, j’ai confiance, ça n’arrivera pas.
L’an dernier, tu as participé au coffret New Order, Retro, pour lequel tu as choisi les morceaux live…
En fait, de ma sélection initiale, il ne reste pas grand-chose ! Barney trouvait que j’avais retenu trop de morceaux du début, à l’époque où il chantait complètement faux ! (Rires.) Pourtant, j’avais passé du temps à réécouter un nombre incalculable de vieux pirates, des trucs que j’avais enregistrés moi-même à l’époque, pour trouver les versions les plus intéressantes des premières chansons, des trucs incroyables, des interprétations complètement barrées de Everything’s Gone Green. Je voulais montrer aux fans que, quand New Order a commencé, le groupe était dans la lignée des Doors, du Velvet Underground. Mon but, c’était de faire resurgir tout ce côté expérimental que l’on ne met plus en valeur, qui est complètement occulté. Je n’avais pas envie de piocher dans les singles, mais plutôt dans les chansons d’un album comme Movement, par exemple. Je pensais que les gens pourraient être intéressés par cet aspect-là. D’un autre côté, je comprends tout à fait la réaction de Bernard. Si on travaillait sur une boxset Primal Scream et que quelqu’un propose de mettre des morceaux live de 1987, je deviendrais dingue, j’opposerais un refus catégorique ! (Rires.) Mais ce fut un honneur d’avoir été choisi. J’adore ce putain de groupe. Depuis ses débuts.
Et vous n’avez jamais envisagé de coffret Primal Scream, justement ?
C’est marrant que tu en parles ! Moi non, mais visiblement, cette idée trotte dans la tête d’Innes depuis quelque temps. Un tel projet a l’air de l’amuser… Perso, je m’en fous un peu. Même si j’ai adoré celui de Hank Williams, surtout avec ces démos qui n’étaient jamais sorties avant. On pourrait aussi plancher sur un Dvd. On a un ami qui s’est plongé dans nos archives, qui épluche les vieux concerts, des trucs dans le genre. Je crains un peu le pire… Cela dit, on a aussi des documentaires vachement bien, comme celui fait à Memphis, quand on a été proclamé citoyens d’honneur de la ville !
Cela dit, tu pourrais même te pencher sur une boxset… Bobby Gillespie !
Ah, nan, je ne crois pas. Je ne suis qu’un simple élément de Primal Scream. Et à part ça, j’ai joué sur le Psychocandy des Jesus And Mary Chain, qui reste un truc vraiment important pour moi. Voilà, c’est tout… Ah oui, c’est vrai, il y a The Wake aussi. Mais ce n’était pas mon groupe, c’était celui de Caesar. D’ailleurs, à cette époque, je m’étais fait la même coupe de cheveux que Bernard Sumner, parce que je la trouvais sexy ! (Rires.)
Et aujourd’hui, tu peux te projeter dans dix ans ?
Impossible ! Je suis incapable de planifier quoi que ce soit. Ma copine me le reproche tout le temps d’ailleurs… Le seul truc que je sais, c’est qu’on va bientôt commencer à bosser sur un nouvel album. On n’a rien fait pour le moment, mais ça ne m’inquiète pas. Quand j’ai envie d’enregistrer, les idées me viennent toutes seules.
Christophe Basterra
article extrait de :
MAGIC RPM #76
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