A Lire

Shoot Speed/More Dirty Hits

archive mag juillet 2008
Soyez le premier à réagir

C’est sans doute le groupe le plus obsessionnel que le XXe siècle ait jamais imaginé. Creusant, à chaque album, une veine différente dictée par la mélomanie fiévreuse de son leader Bobby Gillespie, ultime enfant naturel du rock’n’roll. Galvanisé par le succès inattendu de Riot City Blues (2006), et de son simple atomique Country Girl, Primal Scream a cette fois choisi de ne pas choisir, en réalisant un album radicalement schizophrène. Avec d’un côté, les mêmes vieilles rustines graisseuses qui ont précipité Give Out But Don’t Give Up (1994) sur un poteau télégraphique. Et de l’autre, une toute nouvelle mécanique ondulatoire qui entraîne la machine sur une route pop et jubilatoire. Passons donc sur les soli usés d’Andrew Innes et de Josh Homme (Can’t Go Back, Necro Hex Blues), sur la poésie transgénique de Suicide Bomb (sa vue sur la Vallée de la Mort, ses habitants junkies) ou sur le boogie cajun de Zombie Man, pompage intégral de l’ignoble Back Off Boogaloo de Ringo Starr, que Franz Ferdinand avait déjà ramassé à la petite cuillère. Une fois la douche (écossaise) passée, le Primal Scream nouveau entre en scène. L’horizon s’éclaircit, les guitares s’effacent, place à Martin Duffy, magistral. Beautiful Future ouvre la danse sur un concert de cloches radieuses, tenu par des paroles ironiques et des notes de clavier naïves – Pulp es-tu là ? Il faut l’entendre pour croire à une telle démonstration d’euphorie béate, sans aucun apport psychotrope apparent, de la part du groupe qui voulait hacher menu tous les hippies. Un peu plus et le renfrogné Bobby glisserait un pas de deux sur la disco socialiste d’Uptown, tombée du camion d’Electronic, pour un carambolage contre-nature entre rythmique minimaliste et cordes pastorales. Même économie de moyens, même sensualité pour The Glory Of Love, secoué d’un irrésistible groove dandy, entre Japan et Bowie. Plus royaliste que le roi, Gillespie s’offre aussi son traditionnel fantasme de fan en invitant madame Fairport Convention sur une reprise rêveuse de Fleetwood Mac, Over & Over. Autrement dit, voilà typiquement une œuvre de studio, d’ailleurs admirablement ficelée par Paul Epworth et Bjorn Yttling (bassiste de Peter, Björn And John), que la scène ne saura pas forcément sublimer. Qu’importe, on s’y rendra tout de même en masse, rien que pour entendre les accords aquatiques du plus bel instant de ce neuvième album, Beautiful Sumner, euh, Summer. Soit la pièce manquante du puzzle Stone Roses que ces feignants avaient renoncé à compléter. Heureusement, Primal Scream veille au grain, plus que jamais investi de sa mission de passeur. Grâce à lui, les frontières ne sont vraiment plus sûres.

Estelle Chardac

magazine num 122 article extrait de :
MAGIC RPM #122


Commentaires


Vous devez être inscrit pour laisser un commentaire :



Mot de passe oublié ? - S'inscrire