Où l'on célèbre le retour en très grande forme de Scott Herren, mentor électronique improbable surgi de Miami, et agissant sous diverses identités, dont celle de Savath + Savalas semble la plus accessible et la plus réussie. Faisant suite à cette mini-symphonie pour breakbeats en miettes intitulée Estrocaro Ep (dont on retrouve ici le sautillant Point A To B), ce nouvel album sous l'appellation Prefuse 73 est en tout point remarquable. Réunissant divers Mc's, des plus obscurs (Aesop Rock et Dose One) aux plus identifiables (Mikah 9 de Freestyle Fellowship, collaborant aujourd'hui avec les savants fous de la structure Massmen), ce disque insensé réussit l'exploit de fraterniser deux communautés qui, souvent, se frôlent mais ne se mélangent pas. D'un côté, un hip hop sombre et urbain, de l'autre, une electronica de tous le dangers. Le résultat est audacieux : des rappeurs dont les voix sont concassées, dédoublées, rayées surgissent à l'improviste sur des rythmes peu orthodoxes, eux-mêmes trafiqués dans le plus pur style warpien. Du coup, Prefuse 73 semble tenir le rôle d'un Dj scratcheur sans complexes, s'amusant comme un petit fou sur des beats bagarreurs à l'instabilité chronique. C'est déroutant mais au bout d'un petit moment, le charme opère irrésistiblement : sur Life/Death, Mikah 9 semble rapper plus vite que son ombre, Five Minutes Away ou Eve Of Dextruct partent sur des bases post-electro pour finir en post tout court. D'autant que d'autres titres comme Last Night ou 7th Message semblent suivre le chemin inverse. Mais Prefuse 73 sait se montrer beaucoup plus reposant et chaleureux, limite chill out (5 Minutes Away ou Afternoon Love In), bénéficiant, semble-t-il, de la contribution d'un expert en la matière, à savoir Sam Prekop de The Sea & Cake, passant, en voisin, distiller quelques douces vibrations. De ce voyage personnel autour de la planète electro/hip hop/post-quelque chose, Nick Herren a ramené dans ses bagages un diaporama tout à fait saisissant et addictif.