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Third
archive mag mai 2008
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En science comme en art, la pertinence de la démarche en trois étapes a fait ses preuves. Le triptyque (ou trilogie) englobe trois éléments uniques qui se suffisent à eux-mêmes. Simultanément, elle propose un système en trois parties complémentaires dont la dernière pousse une logique à son terme. Third est cette phase terminale, cette synthèse hégélienne des albums de Portishead. Mais le titre fait aussi référence à la composition du groupe lui-même. On se rappelle que pour ces deux premiers Lp’s, Dummy (1994) et Portishead (1997), il était, par contrat, considéré comme un duo par Go! Beat, son label. Soit la chanteuse Beth Gibbons, née en 1965 et bercée par la culture pop, doublée du producteur Geoff Barrow, né en 1971 et vite plongé dans le hip hop. Avec la signature chez Island, le troisième pilier de Portishead, aussi bien compositeur que musicien hors pair, est enfin reconnu officiellement : Adrian Utley, né en 1957 et disposant d’un conséquent passé jazz. Des personnalités disparates mais si complémentaires. Musique électronique, acoustique ou électrique… À l’instar de Radiohead, ce genre de catégories propres au dernier tiers du XXe siècle n’existe plus chez Portishead. Elles sont transcendées, tout comme l’étiquette trip hop – qui servit jadis à qualifier la musique du groupe faute d’autres termes plus appropriés – est devenu un carcan trop limité. Il en résulte une charge explosive à ne pas faire circuler entre toutes les mains. Third n’est pas facile à appréhender. Rassurons dans un premier temps les fans transis. Jusque dans les manières de les baptiser, certaines compositions rappellent le Portishead que l’on connaissait. Il en va ainsi de Hunter, de Small ou de Threads. D’ailleurs, le disque contient avec Magic Doors un tube imparable intégrant une magnifique mélodie vocale et une alternance couplet/refrain de toute beauté. Mais par ses choix en matière d’orchestration et de traitement du son, Third est un disque radical, notamment dans la noirceur qu’il produit. Si l’aspect soul est toujours présent, notamment dans le traitement de la voix et les claviers, il est malmené par des guitares qui, par bribes, apparaissent torturées et agressives (Silence, We Carry On). De ce point de vue, on pense parfois à Sonic Youth, mais, plus souvent encore, à The Cure période Pornography (1982). Il faut dire que les percussions, bien que minimales, jouent un rôle décisif comme dans l’album rouge et noir du groupe de Crawley. Elles peuvent être cold ou industrielles et parfois devenir le seul support musical (Machine Gun:, le premier single). On est loin des rythmiques downtempo tournant en boucle qui ont fait le succès mondial de Portishead. À ce tissu sonore tendu, s’ajoutent des changements brefs et impromptus d’ambiance qui sont une marque de fabrique de Portishead depuis ses débuts, comme dans Glory Box (1994). Plus largement, Third est un album dense et ouvert à l’expérimentation qui intègre des références multiples. Deep Water propose d’étranges chœurs doo woop sur une ballade folk, The Rip convoque un synthé années 70 que n’aurait pas renié Tortoise ou Air et Nylon Smile plonge l’auditeur dans une ambiance gainsbourienne digne de L’Homme À La Tête De Chou (1975), une influence dont on connaît l’importance pour le groupe. Un très grand disque.
Gérôme Guibert
article extrait de :
MAGIC RPM #120
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